CRITIQUE : School of Rock sur Broadway

Vous vous rappelez du film L’École du Rock qui mettait en vedette Jack Black et qui racontait l’histoire d’un musicien raté qui apprenait à des élèves du primaire à jouer du rock ‘n’ roll? Et bien sachez que School of Rock The Musical est l’adaptation théâtrale de ce long-métrage paru en 2003.

Je vous remets dans le contexte de cette journée du 21 mai dernier : je suis en file au kiosque TKTS et je vois défiler sur un grand panneau lumineux toutes les comédies musicales et pièces de théâtre disponibles à rabais. Pour une des rares fois dans ma vie où je n’attends pas mon tour en sachant exactement ce que je veux voir, je me laisse tenter parce ce que me propose l’écran rouge. Au final, j’hésite entre deux spectacles : The Curious Incident of a Dog in the Night-time, la pièce de théâtre dramatique et éclatée qui a tout raflé aux Tony Awards l’an dernier, et School of Rock, une nouvelle œuvre d’Andrew Lloyd Webber adaptée d’un film que j’avais beaucoup aimé. Le point tournant de ma décision? J’avais envie de rire! J’avais déjà mes billets pour deux comédies musicales dramatiques le lendemain, alors j’avais envie d’un spectacle où j’allais rire. Je venais donc d’éliminer The Curious Incident… J’allais passer l’après-midi au mythique Winter Garden Theatre où, paraît-il, on peut encore trouver des poils de chat sous les sièges (pour ceux qui ne comprennent pas ma référence pas trop évidente : Cats y a tenu l’affiche pendant 18 ans). En choisissant School of Rock, je voulais rire et j’ai été servi. Par contre, je n’avais aucune idée qu’entre mes multiples éclats de rire, j’allais aussi être ému.

Avec School of Rock, les comparaisons avec Matilda the Musical (que j’ai ADORÉ!) sont multiples : un grand nombre d’enfants surdoués tiennent des rôles importants, l’histoire se déroule dans une école, la pièce est une adaptation d’un film populaire, etc, etc. Le fait que School of Rock ouvre ses portes trois années après Matilda ne l’avantage pas parce que toutes ressemblances peuvent être interprétées comme une « copie » de l’autre.

Ayant écouté la trame sonore de School of Rock et ayant vu plusieurs extraits vidéo de l’œuvre, je m’attendais à passer un très bon moment, sans plus. À mes yeux, la barre mise très haute par Matilda n’allait pas être atteinte, et j’ai le plaisir de vous annoncer que je me trompais!

Ma première description à ma blonde quand je l’ai rejointe à notre chambre d’hôtel après le spectacle a été : « School of Rock, c’est Matilda sur le Red Bull! »

Pour en terminer avec les comparaisons et finalement entrer dans le vif de ma critique : Matilda est une production beaucoup plus peaufinée dont la mise en scène Robert-Lepagesque est ingénieuse et éclatée, alors que l’histoire de School of Rock est beaucoup plus percutante et sentie. Je suis sortie du théâtre le sourire fendu jusqu’aux oreilles avec l’impression d’avoir reçu en pleine face une gigantesque dose de bonheur et de riffs de guitare endiablés!

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D’abord, School of Rock raconte l’histoire de Dewey Finn, un rocker bedonnant et raté dont le colocataire, Ned, est un ami d’enfance et enseignant au primaire. Un bon matin, le téléphone sonne et c’est la directrice de la très réputée Horace Green School qui cherche un remplaçant pour une enseignante absente. Dewey, qui croule sous les dettes, décide de se faire passer pour Ned et de remplacer dans cette classe de 5e année. Pensant surveiller une bande de morveux hautains, Dewey découvre éventuellement qu’ils sont doués en musique. Il décide donc de leur enseigner le rock et de les inscrire au Battle of the Band pour tenter de détrôner son ancien groupe qui l’a récemment congédié. S’en suivent des jams forts en décibels, des quiproquos amusants et un début d’histoire d’amour entre Dewey et la directrice de l’école. Ajoutez à cela les préoccupations des jeunes qui sont délaissés par leurs parents riches et absents ainsi qu’une élève gênée qui trouve sa voie (et sa voix!) et vous avez une œuvre surprenante, touchante et amusante.

Le point le plus fort? Les jeunes qui jouent RÉELLEMENT de la musique rock. À travers les années sur Broadway, on a vu des jeunes acteurs chanter, danser et acter avec brio. Par contre, la dizaine d’enfants dans School of Rock ont une quatrième corde à leur arc : ce sont des virtuoses! La petite Katie, haute comme trois pommes, troque son violoncelle pour une basse électrique et excelle autant dans le Bach que dans le hard rock. Le petit Zack performe des solos de guitare électrique qui pourraient rendre jaloux Eddie Van Halen. Chacun des petits virtuoses chante très bien, interprète son personnage avec justesse et maîtrise son instrument comme un adulte ayant 10 ans de Conservatoire derrière la cravate. Et croyez-moi, les jeunes jouent pour vrai et il n’y a aucune bande préenregistrée. Même Sir Andrew Lloyd Webber, qui signe la musique, l’explique au public avant la levée du rideau.

Parlant du compositeur anglais à qui l’on doit Cats, Evita et The Phantom of the Opera, sa trame sonore pour School of Rock est définitivement l’une de ses meilleures! Webber a d’abord fait sa marque en signant la musique rock de Jesus Christ Superstar et après plusieurs essais (souvent infructueux) en musique classique, il est revenu aux sources avec des chansons accrocheuses aux influences britanniques qui vont de Deep Purple à Black Sabbath en passant par Led Zeppelin et The Rolling Stones. Ajoutez à cela les quelques chansons composées par Jack Black pour le film et vous avez une trame sonore qui pourrait très bien accompagner une balade en décapotable un soir d’été. Bref, après des décennies de grands succès, suivi par des décennies de flops, il est plaisant de voir Andrew Lloyd Webber renouer avec le succès en retournant à ses racines : le rock ‘n’ roll!

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Du côté des autres performances, l’excellente Sierra Boggess, qu’on est habitué de voir dans des rôles dramatiques et classiques (The Phantom of the Opera, Love Never Dies, Les Misérables), sort de sa zone de confort en interprétant avec justesse la directrice pincée et névrosée d’Horace Green School. Pour ce qui est du rôle de Dewey, il n’y a pas de doute que le nouveau venu Alex Brightman a une réelle chance de remporter le Tony Award du meilleur acteur! À la représentation que j’ai vue, c’était sa doublure Jonathan Wagner qui tenait le rôle et ce dernier a offert une performance impeccable. Le rôle nécessite un large éventail de compétences, d’une voix rock au registre interminable à un timing comique parfait, en passant par un jeu de guitare complexe et une justesse dramatique hors pair. Autant Brightman (selon les critiques unanimes) que Wagner possèdent l’ensemble de ces compétences, leur permettant d’être le pilier central de cette mégaproduction qu’est School of Rock.

Pour le reste, les dialogues de Julian Fellowes (l’homme derrière la série Downtown Abbey) sont précis et punchés alors que la mise en scène de Laurence Connor est efficace, sans plus. C’est plutôt la scénographie d’Anna Louizos qui se démarque, alors que les transitions scéniques entre les multiples lieux se font subtilement, sans casser le rythme de l’histoire. J’ai eu un gros coup de cœur pour la plateforme rotative qui fait office de scène lors du Battle of the Band, où l’action se déroule autant devant que derrière le rideau.

Est-ce que School of Rock est une production qui passera à l’histoire? Probablement pas. Est-ce qu’on mentionnera l’œuvre dans les palmarès des plus grandes comédies musicales de Broadway? Clairement pas. Est-ce que je vous recommande School of Rock? Définitivement, OUI!

Parfois on va au théâtre pour réfléchir, parfois on y va pour être touché et parfois on y va pour être choqué… Par contre, parfois on veut simplement passer un bon moment en étant diverti. C’est exactement ce à quoi sert School of Rock! Vous rirez aux éclats, vous serez impressionné par les performances et au passage, vous serez ému. Quoi demander de mieux?

Tony Awards 2016

Le 12 juin prochain, c’est la grande messe du théâtre new-yorkais : les Tony Awards! Ce gala clôt la saison théâtrale 2015-2016 en remettant 24 prix d’importance. Avant d’aller plus loin, je vous propose un petit aperçu de la saison avec mon survol des pièces majeures et ma rétrospective des multiples remises de prix à New York.

Depuis que je m’intéresse aux comédies musicales et à Broadway, je m’amuse à faire mes prédictions, comme on le fait avant les séries éliminatoires au football ou au hockey! Alors qu’habituellement 50% de mes prédictions se confirment, l’an dernier je me suis surpris moi-même en donnant ma meilleure performance à vie : 19 prédictions gagnantes sur 24!

Mes prédictions
Habituellement, les précédents galas sont de bons indicateurs pour les Tony Awards. Les productions qui remportent des prix aux Outer Critics Circle Awards et aux Drama Desk Awards sont souvent récompensés lors des Tony Awards. Cette année, il est plus difficile de suivre cette tendance parce que la nouvelle comédie musicale Hamilton, qui a fracassé le précédent record en obtenant pas moins de 16 nominations aux Tonys, n’était pas éligible aux autres galas. En effet, puisque la pièce jouait dans un théâtre de catégorie Off-Broadway lors de la saison théâtrale 2014-2015, elle a été récompensée l’année dernière (il n’y a que les Tony Awards qui récompensent uniquement les productions de catégorie Broadway). C’est donc un défi supplémentaire qui attend les freaks comme moi qui font des prédictions!

*MISE À JOUR (13 juin) : James Corden a frappé fort avec son numéro d’ouverture, les nouvelles comédies musicales ont toutes données une excellente et sans surprise, Hamilton repart avec 11 trophées! Une autre belle soirée des Tonys. Avec 18 prédictions réussies sur 24, je suis un point derrière ma performance de l’an dernier!
(Ci-dessous : les gagnants se méritent une ★)

➨ = Prédiction

Meilleure pièce de théâtre
Eclipsed
The Father
The Humans
King Charles III

Meilleure comédie musicale
Bright Star
Hamilton
School of Rock
Shuffle Along
Waitress

Meilleure reprise d’une pièce de théâtre
The Crucible
A View from the Bridge
Blackbird
Long Day’s Journey Into Night
Noises Off

Meilleure reprise d’une comédie musicale
The Color Purple
Fiddler on the Roof
She Loves Me
Spring Awakening

Meilleur livret d’une comédie musicale
Bright Star (Steve Martin)
Hamilton (Lin-Manuel Miranda)
School of Rock (Julian Fellowes)
Shuffle Along (George C. Wolfe)

Meilleure musique d’une comédie musicale
Bright Star (Steve Martin et Edie Brickell)
Hamilton (Lin-Manuel Miranda)
School of Rock (Andrew Lloyd Webber et Glenn Slater)
Waitress (Sara Bareilles)

Meilleur acteur dans une pièce de théâtre
Gabriel Byrne (Long Day’s Journey Into Night)
Jeff Daniels (Blackbird)
➨Frank Langella (The Father)
Tim Pigott-Smith (King Charles III)
Mark Strong (A View From the Bridge)

Meilleure actrice dans une pièce de théâtre
➨Jessica Lange (Long Day’s Journey Into Night)
Laurie Metcalf (Misery)
Lupita Nyong’o (Eclipsed)
Sophie Okonedo (The Crucible)
Michelle Williams (Blackbird)

Meilleur acteur dans une comédie musicale
Alex Brightman (School of Rock)
➨Danny Burnstein (Fiddler on the Roof)
Zachary Levi (She Loves Me)
Lin-Manuel Miranda (Hamilton)
Leslie Odom, Jr. (Hamilton)

Meilleure actrice dans une comédie musicale
Laura Benanti (She Loves Me)
Carmen Cusack (Bright Star)
➨Cynthia Erivo (The Color Purple)
Jessie Mueller (Waitress)
Phillipa Soo (Hamilton)

Meilleur acteur de soutien dans une pièce de théâtre
➨Reed Birney (The Humans)
Bill Camp (The Crucible)
David Furr (Noises Off)
Richard Goulding (King Charles III)
Michael Shannon (Long Day’s Journey Into Night)

Meilleure actrice de soutien dans une pièce de théâtre
Pascale Armand (Eclipsed)
Megan Hilty (Noises Off)
➨Jayne Houdyshell (The Humans)
Andrea Martin (Noises Off)
Saycon Sengbloh (Eclipsed)

Meilleur acteur de soutien dans une comédie musicale
➨Daveed Diggs (Hamilton)
Brandon Victor Dixon (Shuffle Along)
Christopher Fitzgerald (Waitress)
Jonathan Groff (Hamilton)
Christopher Jackson (Hamilton)

Meilleure actrice de soutien dans une comédie musicale
Danielle Brooks (The Color Purple)
➨Renée Elise Goldsberry (Hamilton)
Jane Krakowski (She Loves me)
Jennifer Simard (Disaster!)
Adrienne Warren (Shuffle Along)

Meilleurs décors dans une pièce de théâtre
Beowulf Boritt (Thérèse Raquin)
Christopher Oram (Hughie)
Jan Versweyveld (A View from the Bridge)
➨David Zinn (The Humans)

Meilleurs décors dans une comédie musicale
Es Devlin & Finn Ross (American Psycho)
David Korins (Hamilton)
Santo Loquasto (Shuffle Along)
➨David Rockwell (She Loves Me)

Meilleurs costumes dans une pièce de théâtre
Jane Greenwood (Long Day’s Journey Into Night)
Michael Krass (Noises Off)
➨Clint Ramos (Eclipsed)
Tom Scutt (King Charles III)

Meilleurs costumes dans une comédie musicale
Gregg Barnes (Tuck Everlasting)
➨Jeff Mahshie (She Loves Me)
Ann Roth (Shuffle Along)
Paul Tazewell (Hamilton)

Meilleurs éclairages dans une pièce de théâtre
Natasha Katz (Long Day’s Journey Into Night)
Justin Towsend (The Humans)
➨Jan Versweyveld (The Crucible)
Jan Versweyveld (A View from the Bridge)

Meilleurs éclairages dans une comédie musicale
Howell Binkley (Hamilton)
Jules Fisher & Peggy Eisenhauer (Shuffle Along)
Ben Stanton (Spring Awakening)
➨Justin Towsend (American Psycho)

Meilleure mise en scène dans une pièce de théâtre
Rupert Goold (King Charles III)
Jonathan Kent (Long Day’s Journey Into Night)
Joe Mantello (The Humans)
Liesl Tommy (Eclipsed)
➨Ivo Van Hove (A View from the Bridge)

Meilleure mise en scène dans une comédie musicale
Michael Arden (Spring Awakening)
John Doyle (The Color Purple)
Scott Ellis (She Loves Me)
➨Thomas Kail (Hamilton)
George C. Wolfe (Shuffle Along)

Meilleures chorégraphies
➨Andy Blankenbuehler (Hamilton)
Savion Glover (Shuffle Along)
Hofesh Shechter (Fiddler on the Roof)
Randy Skinner (Dames at Sea)
Sergio Trujillo (On Your Feet!)

Meilleures orchestrations
August Eriksmoen (Bright Star)
Larry Hochman (She Loves Me)
➨Alex Lacamoire (Hamilton)
Daryl Waters (Shuffle Along)

Tony-Awards

Les plus grandes voix de Broadway (volet masculin)

Après mon article sur les plus grandes voix féminines de Broadway, je me tourne du côté des hommes! Sans aucun critère précis ou ordre scientifique, voici quelques-unes des plus grandes voix masculines de l’histoire des comédies musicales de Broadway.

Jerry Orbach
Jerry Orbach représente l’image qu’on a de l’acteur de Broadway classique du dernier siècle : une voix puissante, un jeu raffiné et une prestance indéniable. Dans les années 60 et 70, il a prêté sa riche voix de baryton à des personnages mythiques : Billy Flynn dans Chicago, Chuck dans Promises, Promises, Sky dans Guys and Dolls et Julian dans 42nd Street. À l’écran, l’acteur new-yorkais s’est illustré dans les films Dirty Dancing et La Belle et la Bête, le studio Disney s’étant tourné vers lui pour interpréter le personnage de Lumière. En 2007, Orbach est devenu immortel en voyant un théâtre de Times Square être rebaptisé en son honneur. Le Jerry Orbach Theatre abrite la production de la comédie musicale The Fantasticks, qui tient l’affiche en continu depuis 1960 et dans laquelle l’acteur avait fait ses débuts.

Mandy Patinkin
Avant de faire sa marque à l’écran dans le film The Princess Bride et la série Homeland, Mandy Patinkin a conquis les amateurs de Broadway avec son jeu précis et surtout, sa voix exceptionnelle. Ce ténor au registre interminable excelle autant dans la pop que dans le classique, ayant marqué les esprits avec ses rôles de Che Guevara dans Evita et George dans Sunday in the Park with George. Malgré sa carrière hollywoodienne depuis la fin des années 80, Patinkin ne se tient jamais bien loin de Broadway, ayant tenu l’affiche de plusieurs spectacles musicaux en solo où il revisite des standards jazz et des classiques de comédies musicales.

Colm Wilkinson
Pour bien des gens, Colm Wilkinson est un deuxième nom pour Jean Valjean. Il est vrai que l’acteur irlandais a fait sa marque dans Les Misérables, d’abord dans les deux premières productions anglaises (Londres et Broadway), puis dans les concerts du 10e et 25e anniversaire et finalement, dans le film de 2012 (sous les traites de l’Évèque de Digne). Au-delà de Les Miz, l’acteur à la voix ténor tantôt extrêmement puissante, tantôt des plus douces, a notamment joué Judas dans Jesus Christ Superstar, Che dans Evita et le rôle-titre dans The Phantom of the Opera, qu’il d’abord créé dans les premières lectures de l’œuvre, pour ensuite reprendre le masque dans la production torontoise en 1989. Avec sa voix exceptionnelle, Wilkinson a donné de multiples séries de concerts en solo, représentant même l’Irlande lors du célèbre concours Eurovision en 1978.

Brian Stokes Mitchell
À mi-chemin entre une voix basse d’opéra et une voix baryton de théâtre musical, Brian Stokes Mitchell connaît un immense succès sur Broadway depuis la fin des années 80. D’abord associé aux œuvres mythiques des frères Gershwin et de Cole Porter comme Oh, Kay!, Jelly’s Last Jam et Kiss Me, Kate, il a ensuite enchaîné les rôles principaux dans des œuvres contemporaines comme Kiss of the Spider Woman, Ragtime, Man of La Mancha et Sweeney Todd. Avec une voix aussi puissante et riche, il n’est pas surprenant que Mitchell ait parcouru les quatre coins du monde pour donner des spectacles à la fois jazz et classiques!

Adam Pascal
Jusqu’à maintenant, ce palmarès inclut des chanteurs à la technique impeccable qui excellent autant dans le classique que dans le jazz. Avec Adam Pascal, c’est tout le contraire! Le chanteur cadrerait beaucoup plus dans un groupe rock des années 80 que sur la scène d’un théâtre de Broadway. Pourtant, depuis ses débuts sur Broadway en 1996, Pascal est l’un des artistes de théâtre musical les plus en demande. Avec sa voix rauque au registre interminable, le chanteur est entré dans l’histoire de Broadway par la grande porte lorsqu’il a créé le rôle de Roger dans l’opéra rock Rent. Fort de ce succès, il a ensuite enchaîné les rôles majeurs dans Cabaret, Aida, Memphis, Chicago et Chess. Comme auteur, il travaille depuis quelques années sur l’adaptation théâtrale de l’album « Operation: Mindcrime » du groupe métal Queensrÿche.

Michael Cerveris
En anglais on dit « versatility », en français on dit « polyvalence » et sur Broadway, on dit « Michael Cerveris ». L’acteur louisianais s’est d’abord imposé comme un ténor à la voix rock lorsqu’il a tenu les rôles-titres dans The Who’s Tommy et Hedwig and the Angry Inch. Par la suite, il a fait découvrir sa riche voix de baryton au public dans des œuvres plus classiques comme Titanic, Assassins, Passion, Sweeney Todd, Evita et Fun Home. Ajoutez à son CV les multiples pièces de théâtre dans lesquelles il a joué et vous avez un acteur des plus complet. Cerveris ne cesse d’enchaîner les rôles variés, se réinventant à chaque nouvelle production dans laquelle il prend part. Parallèlement à sa carrière sur les planches, Cerveris est également le chanteur et guitariste du groupe folk-bluegrass Loose Cattle.

Aaron Tveit
Si le 20e siècle était dominé par des rôles masculins écrits pour des chanteurs barytons à la voix riche, le 21e siècle en comédie musicale est jusqu’à maintenant dominé par des ténors comme Aaron Tveit. Après avoir joué les jeunes premiers dans Hairspray et Wicked, le chanteur a fait sa marque en créant le rôle de Gabe dans Next to Normal. Les rôles majeurs mettant en évidence sa voix exceptionnelle se sont suivis, de l’adaptation théâtrale du film Catch me if you Can au controversé rôle de John Wilkes Booth dans Assassins, en passant par le film Les Misérables et la récente production télévisuelle de Grease par le réseau Fox. Partout où il passe, Tveit charme les foules et impressionne par la qualité de sa voix, laissant présager une grande carrière dans les décennies à venir.

La saison des galas à New York

Tout comme pour le cinéma hollywoodien, le théâtre new-yorkais bénéficie d’un grand prestige et une multitude de galas ont lieu. À chaque année entre avril et juin, c’est la saison des remises de prix (Awards season) et six galas majeurs se tiennent un peu partout à Manhattan. Bien sûr, tout comme Hollywood avec les Oscars, c’est la cérémonie des Tony Awards qui clôt la saison théâtrale annuelle. Il est important de mentionner que les six galas présentés récompensent des productions qui se tiennent dans la ville de New York seulement. Les autres métropoles où le théâtre a une forte popularité comme Londres, Los Angeles et Toronto ont leur propre remise de prix. Je vous promets un éventuel article sur le sujet!

*Avant de commencer, il faut savoir que ces galas honorent les différentes catégories de productions théâtrales, soit Broadway et Off-Broadway. Pour assurer votre bonne compréhension, je vous recommande la lecture de mon article Broadway et Off-Broadway : quelle est la différence?.

LUCILLE LORTEL AWARDS
Le nom Lucille Lortel vous dit quelque chose? Si vous capotez sur la série F.R.I.E.N.D.S. comme moi, c’est parce que Joey joue au Lucille Lortel Theatre dans Freud! The Musical. Nommés en l’honneur de la prolifique productrice dont on dénombre plus de 500 pièces de théâtre à son curriculum vitae, les prix récompensent uniquement les productions de catégorie Off-Broadway. Le jury qui vote regroupe une multitude d’artisans et journalistes de tous les horizons : membres de la Off-Broadway League, l’Actors’ Equity (équivalent de l’Union des Artistes au Québec), la Stage Directors & Choreographers Society, la Lucille Lortel Foundation, etc. Étant les seuls prix qui ne mettent en compétition que les productions Off-Broadway, les Lucille Lortel Awards jouissent d’un grand prestige dans le milieu du théâtre professionnel de petite et moyenne envergure.
*Édition 2016 : nominations (30 mars), gagnants (1er mai)
*Édition 2017 : nominations (4 avril), gagnants (7 mai), animateur (Taran Killam)

OBIE AWARDS
Depuis 1956, l’hebdomadaire new-yorkais The Village Voice remet les Obie Awards aux artisans œuvrant dans les productions de catégories Off-Broadway et Off-Off-Broadway. Parmi tous les prix présentés, les Obie Awards sont probablement les moins conventionnels. D’abord, parce qu’il n’y a pas de nominations annoncées et ensuite, parce qu’il y a plusieurs gagnants par catégorie. Par exemple, pour les prix remis aux acteurs, le jury nomme plusieurs personnes qui sont toutes gagnantes d’un trophée, peu importe leur sexe ou l’ampleur de leur rôle! À l’exception des prix Lifetime Achievement et Best New American Play, il n’y a pas de catégories fixes qui reviennent chaque année. Dépendamment des productions qui ont marqué la saison, le jury décide des catégories. Les Obie Awards sont à l’image du théâtre de catégorie Off-Broadway : non conventionnels, éclatés et surprenants. C’est probablement la raison pourquoi ce petit gala est autant apprécié et reconnu par les artisans de la Grosse Pomme.
*Édition 2016 : gagnants (23 mai), animatrice (Lea DeLaria)
*Édition 2017 : gagnants (22 mai), animatrice (Lea DeLaria)

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DRAMA LEAGUE AWARDS
Remis pour la première fois en 1935, les Drama League Awards, qui célèbrent autant les productions de catégories Broadway et Off-Broadway, sont la plus vieille remise de prix du théâtre américain. C’est également le seul gala majeur dont les trophées sont remis par les spectateurs. Le prestige des Drama League Awards se trouve principalement dans la catégorie des performances d’acteurs. Plutôt que de séparer les hommes des femmes, les pièces de théâtre des comédies musicales ainsi que les rôles principaux des rôles secondaires, le jury mélange tout ce beau monde ensemble pour annoncer une liste de 50 nominés. Par la suite, une seule de ces personnes remportera le convoité Drama League for Distinguished Performance. C’est donc dire que l’actrice de soutien méconnue dans une petite production Off-Broadway peut se retrouver en compétition contre l’acteur réputé qui tient un rôle principal dans une grande production de Broadway. Pour les fanatiques comme moi, les Drama League Awards sont habituellement un bon indicateur pour les Tony Awards, puisqu’il est fort à parier que l’acteur qui se démarque dans la catégorie des performances gagnera habituellement le Tony dans sa catégorie respective.
*Édition 2016 : nominations (20 avril), gagnants (20 mai), animateurs (Megan Hilty & Zachary Levi)
*Édition 2017 : nominations (19 avril), gagnants (19 mai), animateurs (Audra McDonald & Will Swenson)

OUTER CRITICS CIRCLE AWARDS
À mes yeux, cette remise de prix est la plus inutile de ce palmarès… Bien que tout interprète est probablement aux anges de remporter un Outer Critics Circle Award, cette remise de prix n’est à mes yeux qu’une copie des Drama Desk Awards. Mis à part les membres du jury, il n’y a aucune différence dans les types de productions récompensées et les différentes catégories. Si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, vous comprenez que « Outer Critics » veut dire que les membres du jury sont des journalistes et critiques de théâtre qui n’œuvrent pas à New York. Les gagnants sont habituellement annoncés quelques semaines après la cérémonie officielle qui a lieu au réputé restaurant Sardi’s, qui a fait l’objet d’un article sur BroadwayVez.
*Édition 2016 : nominations (19 avril), gagnants (9 mai)
*Édition 2017 : nominations (25 avril), gagnants (8 mai)

DRAMA DESK AWARDS
Si on parle souvent des Tony Awards comme des « Oscars de Broadway », on pourrait alors comparer les Drama Desk aux Golden Globes : c’est la 2e remise de prix la plus prestigieuse et l’étendue des prix est plus large (les Drama Desk récompensent également les productions Off-Broadway et Off-Off-Broadway, alors que les Golden Globes récompensent aussi la télévision). Le gala tenu habituellement au New York’s Town Hall a lieu annuellement depuis 1955. The Drama Desk Organization, organisme sans but lucratif, est l’autorité qui remet les multiples prix. Le jury est composé d’environ 140 critiques de théâtre, journalistes et éditeurs qui s’impliquent sur une base volontaire et qui se rencontrent deux fois par mois pour discuter des productions éligibles. Il est à noter que l’organisation des Drama Desk Awards se réclame comme étant le seul gala où l’ensemble du jury n’a aucun intérêt personnel dans les résultats, contrairement aux autres galas où plusieurs artisans font partie du jury.
*Édition 2016 : nominations (28 avril), gagnants (5 juin), animateur (Michael Urie)
*Édition 2017 : nominations (27 avril), gagnants (4 juin), animateur (Michael Urie)

TONY AWARDS
Les Tony Awards sont à Broadway ce que les Oscars sont à Hollywood! Fondés par l’organisme American Theatre Wing et supervisés par The Broadway League, les Tony Awards récompensent autant les pièces de théâtre que les comédies musicales, mais celles-ci ne compétitionnent pas dans les mêmes catégories. Seules les productions qui jouent dans les théâtres de catégorie Broadway sont éligibles à ce gala. Le nom « Tony » a été donné en l’honneur de l’actrice et productrice Antoinette Perry. De loin le gala le plus prestigieux du théâtre américain, la cérémonie a habituellement lieu au gigantesque Radio City Musical Hall. Au fil des années, de grandes célébrités ont animé la soirée, dont Hugh Jackman, Whoopi Goldberg, Neil Patrick Harris, Matthew Broderick, Rosie O’Donnell, Anthony Hopkins et Julie Andrews. Le numéro d’ouverture est toujours un moment fort, comme en témoigne la vidéo ci-dessous tirée de l’édition 2013.
*Édition 2016 : nominations (3 mai), gagnants (12 juin), animateur (James Corden)
*Édition 2017 : nominations (2 mai), gagnants (11 juin), animateur (Kevin Spacey)

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Le prix Pulitzer et les comédies musicales

Selon plusieurs experts, le célèbre Pulitzer Prize for Drama est la distinction la plus prestigieuse qu’une œuvre théâtrale peut remporter*. En effet, le prix est remis par un jury hautement qualifié à une seule pièce s’étant démarquée au cours de l’année. Comme en journalisme, en littérature ou en musique, le gagnant du prix dramaturgique est quasi assuré de passer à l’histoire!

*Je me permets d’ajouter une nuance : le prix Pulitzer pour une œuvre dramaturgique est sans aucun doute la distinction la plus prestigieuse, en sol américain. Nos voisins du Sud ont cette fâcheuse habitude d’appliquer à la Terre entière ce qui se déroule à l’intérieur de leurs frontières… La finale du baseball majeur s’appelle la « World Series », les champions du Super Bowl sont couronnés « World Champion », etc, etc.

Les plus grands dramaturges américains l’ont tous remportés : Eugene O’Neill (1920, 1922, 1928, 1957), Tennessee Williams (1948, 1955), Arthur Miller (1949), Edward Albee (1967, 1975, 1994), David Mamet (1984), August Wilson (1987, 1990), Horton Foote (1995), Tracy Letts (2008) et plusieurs autres!

À travers les années, huit comédies musicales ont remporté le Pulitzer Prize for Drama. Ces œuvres  ont donc été considérées comme la pièce théâtrale la mieux écrite au cours d’une année.

Les voici, en ordre chronologique :

  • 1932 : Of Thee I Sing (par George S. Kaufman, Morrie Ryskind et Ira Gershwin)
  • 1950 : South Pacific (par Richard Rodgers, Oscar Hammerstein II et Joshua Logan)
  • 1960 : Fiorello! (par Jerome Weidman, George Abbott, Jerry Bock et Sheldon Harnick)
  • 1962 : How to Succeed In Business Without Really Trying (par Frank Loesser et Abe Burrows)
  • 1976 : A Chorus Line (par Michael Bennett)
  • 1985 : Sunday in the Park With George (par Stephen Sondheim et James Lapine)
  • 1996 : Rent (par Jonathan Larson)
  • 2010 : Next to Normal (par Tom Kitt et Brian Yorkey)

Cette année, la comédie musicale Hamilton pourrait bien s’ajouter à la liste ci-dessus. Selon plusieurs experts, l’œuvre de Lin-Manuel Miranda n’a aucune chance de ne pas gagner! Le dévoilement se fera demain, le lundi 18 avril. Je vous tiens au courant…

AJOUT 18 AVRIL 2016 : Les experts avaient raison, Hamilton a remporté le prestigieux honneur lors de la 100e remise des prix Pulitzer, devenant seulement la 9e comédie musicale dans la liste.

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Les plus grandes voix de Broadway (volet féminin)

La comédie musicale, c’est l’union du chant, de la danse et du théâtre. Jusqu’à maintenant, je n’apprends rien à personne! Même si bien des rôles de théâtre musical demandent une maîtrise de ces trois disciplines, il y en a souvent une qui l’emporte sur les autres. Pour le rôles de Victoria dans Cats, c’est la danse qui est priorisée. Pour le celui de Mme Thénardier dans Les Misérables, c’est le théâtre. Par contre, si on regarde à travers l’histoire de Broadway, ce sont les rôles où le chant est la discipline principale qui captivent le plus les amateurs de comédies musicales. Non seulement pour les chansons qui en découlent, mais également pour les interprètes qui prêtent leur grande voix à ces grands personnages.

Sans aucun critère précis ou ordre scientifique, voici quelques-unes des plus grandes voix féminines de l’histoire des comédies musicales de Broadway.

Ethel Merman
Vous connaissez le stéréotype de la diva exubérante de Broadway qui chante plus fort que tout le monde? C’est la grande Ethel Merman qui a créé cette image. Avec son large registre, merci à une technique de belting qu’elle seule connaît, Merman a prêté sa voix à pas moins de treize rôles originaux à une époque qu’on appelle la Golden Age of Broadway, qui s’étend des années 30 à 60. Non seulement elle est entrée dans l’histoire pour sa contribution à la comédie musicale et son interprétation de la légendaire chanson « I Got Rythm », mais les plus grands compositeurs de l’époque dont George Gershwin, Cole Porter et Irving Berlin ont écrit des rôles pour elle qui resteront marqués à jamais : Reno dans Anything Goes, Annie dans Annie Get Your Gun et Mama Rose dans Gypsy.

Mary Martin
La prolifique carrière de Mary Martin s’étend sur plus de quatre décennies où elle a enchaîné les rôles principaux dans des œuvres marquantes. L’auteur Ronald L. David décrit merveilleusement bien la voix de Martin : « elle avait deux voix, l’une soprano très aiguë et l’autre alto chaleureuse ». Avec un registre aussi large, il n’est pas surprenant de constater l’étendue des rôles qu’elle a tenus sur les planches de Broadway. Mary Martin a fait ses débuts en 1938 dans la comédie musicale Leave it to Me!, lui permettant d’interpréter la chanson « My Heart Belongs to Daddy », qui est devenue un standard de jazz repris notamment par Oscar Peterson et Ella Fitzgerald. Par la suite, les grands rôles se sont bousculés sur le curriculum vitae de l’actrice originaire du Texas : Venus dans One Touch of Venus, Nellie dans South Pacific, Maria dans The Sound of Music, Agnes dans I Do! I Do! et le rôle-titre dans Peter Pan. Au total, Mary Martin a cumulé pas moins de quatre Tony Awards, l’élevant au rang de légende de Broadway.

Bernadette Peters
Dans le merveilleux monde des comédies musicales, Bernadette Peters est la reine indétrônable qui règne sur Broadway depuis les années 60. Celle-ci est une digne successeure de Merman, ayant repris ses rôles dans Annie Get Your Gun et Gypsy. Plus douce et moins criarde, la voix de Peters est à l’opposé de celle de Merman. Avec son large registre et son contrôle parfait, Peters a joué des rôles à la fois alto et soprano. Muse du légendaire compositeur Stephen Sondheim, elle ne sera jamais oubliée, notamment grâce à ses rôles dans Mack and Mabel, Song and Dance, Sunday in the Park with George, Into the Woods et Follies.

Patti LuPone
Avec sa voix puissante et les rôles mythiques qu’elle a créés, Patti LuPone s’inscrit elle aussi dans la lignée d’Ethel Merman. Depuis les années 70, LuPone a prêté son exceptionnelle voix belting à des rôles majeurs qui l’ont fait entrer dans les livres d’histoire : le rôle-titre d’Evita, Fantine dans Les Misérables, Norma dans Sunset Boulevard, Mrs Lovett dans Sweeney Todd et bien sûr, des reprises des rôles de Merman dans Anything Goes et Gypsy. Il n’y a aucun doute que la voix caractérielle de LuPone marquera à jamais l’histoire de Broadway.

Audra McDonald
Les Tony Awards sont à Broadway ce que les Oscars sont à Hollywood. Bien des acteurs passeront leur carrière à jouer sur les planches de Broadway sans ne jamais remporter l’un de ces prix. Audra McDonald n’a que 45 ans et compte un nombre record de 6 victoires d’interprétation! Pour vous donner une idée de l’envergure de cet accomplissement, les 9 autres chanteurs de ce palmarès en totalisent 10. Cette soprano classique dotée d’une grande polyvalence a charmé les foules dans Carousel, Master Class, Ragtime, Sweeney Todd, 110 in the Shade et Porgy and Bess. Récemment, elle a repris sur les ondes de HBO son tour de force théâtral dans Lady Day at Emerson’s Bar and Grill, dans lequel elle interprète la célèbre chanteuse jazz Billie Holliday.

Lea Salonga
L’enfant chérie des Philippines a fait son entrée par la grande porte dans le merveilleux monde de la comédie musicale! À 17 ans, elle a auditionné pour Cameron Mackintosh et l’équipe derrière Les Misérables pour leur nouvelle création, Miss Saigon. Avec sa voix belting puissante et mature, la jeune Salonga a décroché le rôle principal de Kim et le reste fait partie de l’histoire. Après l’ouverture de la méga comédie musicale à Londres en 1989, elle a remporté le prestigieux Olivier Award de la meilleure actrice. Deux ans plus tard, elle a répété l’exploit en remportant le Tony Award pour la production de Broadway. Par la suite, Salonga a tenu de grands rôles, tant à Londres qu’à New York et dans son pays natale des Philippes. Mentionnons notamment Éponine et Fantine dans Les Misérables, Mei-li dans Flower Drum Song, Grizabella dans Cats ainsi que le rôle-titre dans Cinderella. Au-delà de la scène, Lea Salonga a marqué le cinéma américain en prêtant sa voix à deux princesses de Disney : Jasmine (Aladdin) et Fa Mulan (Mulan). Âgée de seulement 45 ans, parions que plusieurs grands rôles attendent la chanteuse.

Sutton Foster
Sept décennies après les premiers succès de la grande Ethel Merman, les producteurs de la nouvelle comédie musicale Thoroughly Modern Millie ont misé sur une parfaite inconnue pour tenir le rôle-titre : Sutton Foster. Quelques mois plus tard, la jeune actrice remportait le prestigieux Tony Award remis à la meilleure interprétation de l’année 2001 et une grande carrière était lancée. Foster perpétue la tradition de Merman (pour son exceptionnelle voix belting, et non pour son attitude de diva!) en enfilant les rôles majeurs sur Broadway. La ressemblance ne pouvait plus être ignorée quand le rôle de Reno dans Anything Goes, créé par Merman, lui a été confié dans une reprise qui a pris l’affiche en 2011. À peine âgée de 40 ans, Foster n’a déjà plus de place sur sa tablette de foyer pour mettre tous ses trophées, et il est fort à parier que le meilleur est encore à venir!

Votre chanteuse de Broadway préférée ne se retrouve pas dans mon palmarès? Faites-moi vos suggestions dans la section des commentaires, ci-dessous!

Quand Broadway rime avec politique

Nous sommes en pleine campagne présidentielle américaine et plutôt que d’essayer de démystifier la montée du ridicule Donald Trump, j’ai décidé de vous parler des comédies musicales à saveur politique! Mon palmarès pourrait inclure un grand nombre d’œuvres où la politique est en trame de fond : Hair et la dénonciation de la guerre du Vietnam, Billy Elliot et la grève des mineurs au Royaume-Uni, Les Misérables et l’insurrection de 1832 (et non la Révolution française, comme trop de gens le pensent), etc. Je me suis plutôt limité aux comédies musicales où les personnages principaux sont des figures politiques. Je me laisse donc une porte ouverte pour un deuxième article sur le sujet! 😉

FIORELLO!
Cette comédie musicale du duo Harnick et Bock, à qui l’on doit Fiddler on the Roof, a vu le jour en 1959 et explore la vie de Fiorello LaGuardia, maire de New York de 1934 à 1945. L’œuvre est l’une des rares comédies musicales à avoir remporté le prestigieux prix Pulitzer, prouvant toute son intelligence et son originalité. L’histoire dépeint l’implication de LaGuardia dans la Première Guerre mondiale, puis, une décennie plus tard, son implication politique et sa montée jusqu’à la mairie de New York. Les récents concerts new-yorkais de 1994 et 2013 laissaient présager une première production sur Broadway en plus de cinquante ans, mais rien ne s’est concrétisé depuis. Bien que l’œuvre soit excellente, plusieurs experts doutent de la pertinence de reproduire aujourd’hui cette œuvre très ancrée dans son époque…

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1776
Nul besoin d’avoir étudié en histoire américaine pour savoir ce qui s’est passé en 1776! L’histoire dépeint les événements entourant la signature de la Déclaration d’indépendance par les Pères fondateurs des États-Unis, en suivant plus précisément John Addams dans ses efforts de persuasion. Vous êtes fervent d’histoire? Vous serez servi! Les personnages principaux sont nuls autres que Franklin, Jefferson, Rutledge, Hancock, etc. Sans surprise, la comédie musicale a remporté un succès monstre en 1969, remportant le Tony Award de la meilleure comédie musicale. L’adaptation cinématographique de 1972 n’a malheureusement pas rencontré le même succès.

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EVITA
Prenons une petite pause de la politique américaine pour plonger dans l’opéra rock Evita, qui raconte la vie d’Eva Perón, femme du dictateur argentin Juan Perón. Œuvre phare du duo formé d’Andrew Lloyd Webber (Cats, The Phantom of the Opera) et Tim Rice (The Lion King, Aladdin), Evita a connu un succès monstre aux quatre coins de la planète et la chanson « Don’t Cry For Me Argentina » a atteint le sommet de tous les palmarès. En plus de dépeindre la vie tumultueuse du couple Perón, rappelons que le narrateur de l’histoire n’est nul autre que Che Guevara.

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ASSASSINS
C’est probablement dans Assassins que le plus grand nombre de présidents américains sont représentés : Lincoln, Kennedy, Roosevelt, Nixon, Reagan, Garfield, Ford et McKinley. Par contre, les vrais personnages principaux de cette comédie musicale sont ceux qui ont tenté (certains avec succès) de les assassiner : Booth, Oswald, Zangara, Hinckley, Guiteau, etc. Cette œuvre mythique de Stephen Sondheim est très controversée : nous sommes au centre d’un jeu tordu aux allures d’une fête foraine où un maître de cérémonie incite les participants à tirer sur un président pour gagner. Après une première production Off-Broadway au début des années 90, la célèbre Roundabout Theatre Company a décidé d’amener la comédie musicale sur Broadway à l’automne 2001. Après les attaques du 11 septembre, les producteurs ont mis le projet sur la glace, pour le ressusciter en 2004 avec une distribution toutes étoiles composée de Neil Patrick Harris, Mario Cantone, Denis O’Hare, Michael Cerveris et plusieurs autres.

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BLOODY BLOODY ANDREW JACKSON
Plusieurs années avant qu’Hamilton ne prenne d’assaut Broadway en imaginant la vie d’un politicien de manière contemporaine avec de la musique hip hop, les auteurs Michael Friedman et Alex Timbers ont réservé le même traitement à l’infâme septième président américain, Andrew Jackson. En effet, cette comédie musicale revisite la vie de Jackson sous forme d’un concert emo rock. Malgré une des meilleures trames sonores des dernières années et une production Off-Broadway à guichet fermé, le succès n’a pas été au rendez-vous sur Broadway et le spectacle a fermé prématurément en 2011.

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HERE LIES LOVE
Cette comédie musicale est la première de ce palmarès à ne pas avoir joué sur Broadway, mais ma prédiction est que ce n’est qu’une question de temps! Here Lies Love explore la vie de Ferdinand et Imelda Marcos, Président et Première dame des Philippines de 1965 à 1986. Sur une musique des artistes pop et électro David Byrne (du groupe Talking Heads) et Fatboy Slim, l’œuvre historique est repensée à la manière d’une discothèque, avec le public debout qui est invité à danser tout au long de la représentation. Ce qui est sûr, c’est que la comédie musicale fait un tabac partout où elle passe, de l’intime Public Theater à New York au légendaire National Theatre de Londres.

CLINTON THE MUSICAL
Sans aucun souci de réalisme, Clinton The Musical est une satire qui explore les huit années au pouvoir de Bill Clinton, en supposant que ce dernier ait deux personnalités: l’une mature et charismatique, l’autre bouffone et téméraire (pouvez-vous dire lequel des deux se retrouva au centre du scandale Lewinsky?). C’est donc dire que dans cette hilarante comédie musicale, le quarante-deuxième président américain est personnifié par deux acteurs différents. D’autres figures politiques connues complètent la distribution : Hillary Clinton, Monica Lewinsky, Newt Gingrich et Eleanor Roosevelt. La production Off-Broadway a récemment terminée sa série de représentations et parions que si Hillary prend le pouvoir, on pourrait revoir cette drôle de pièce prendre l’affiche quelque part!

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HAMILTON
Ce n’est pas la première fois que je vous parle d’Hamilton, et ce n’est clairement pas la dernière. La nouvelle comédie musicale crée probablement le plus gros buzz sur Broadway depuis longtemps et contrairement à la montée en popularité de Donald Trump, c’est facilement explicable : les Américains adorent leur histoire et le créateur Lin-Manuel Miranda leur sert un cours accéléré sur la vie du Père fondateur Alexander Hamilton à la sauce 21e siècle avec une distribution multiethnique, de la musique rap, des chorégraphies époustouflantes et un livret très bien ficelé. Hamilton tient tout simplement du génie! Côté « figures politiques », le spectacle n’a pas de difficulté à se tailler une place dans mon palmarès : Hamilton est la seule pièce où vous pouvez voir George Washington, James Madison et Thomas Jefferson débattre sur des projets de loi en rappant. Si comme moi il vous est impossible de vous procurer des billets, essayez la loterie et consolez-vous en disant que la production tiendra l’affiche très très TRÈS longtemps!

J’aurais aimé inclure des œuvres québécoises dans ce tour d’horizon, mais je n’ai malheureusement rien trouvé sur le sujet. Mis à part l’œuvre satirique Clotaire Rapaille, l’opéra rock, qui ne pouvait tout simplement pas se retrouver dans ce palmarès, aucune œuvre québécoise de théâtre musical ne semble avoir abordé le sujet de la politique. À quand Labeaume the Musical ou une adaptation d’Hamilton avec Trudeau père et René Lévesque, tous deux joués par des acteurs afro-américains, qui débattent en faisant du rap? À suivre…