Les doublures sur Broadway

À New York, une production théâtrale est dans l’obligation d’offrir 8 représentations par semaine. Si un spectacle est ouvert de manière open-ended (open-quoi? voir mon lexique), ça équivaut à environ 35 représentations par mois, et 416 par année! Vous vous doutez donc qu’il est impossible qu’une seule personne tienne chaque rôle.

En effet, pour assurer que chaque représentation se déroule normalement, un système de doublures est mis en place dans chaque production. Avant d’aller plus loin, je dois préciser que l’acteur qui tient le rôle de manière régulière et qui a son nom dans le programme est appelé performer. Cela désigne donc un artisan, qu’il soit principalement acteur, danseur ou chanteur (et la plupart du temps, les trois en même temps). Sur un contrat régulier de 12 mois, un performer aura droit à deux semaines de vacances. C’est donc dire qu’il est tenu de jouer son rôle à très exactement 400 représentations. Par contre, en cas de maladie, de blessure ou de conflit d’horaire avec d’autres petits contrats, un performer peut s’absenter et être remplacé par une doublure. Voici donc les quatre types de doublures :

Stand-by
C’est un acteur qui ne joue pas dans la production sur une base régulière, mais qui a appris un ou deux rôles majeurs dans le spectacle. Les acteurs qui sont stand-by peuvent donc faire partie de la production pendant plusieurs mois sans jamais mettre le pied sur scène. Habituellement, ils sont tenus d’être dans le théâtre à chaque représentation afin de toujours pouvoir entrer en scène si une blessure survient en cours de route.

Understudy
Ce sont certains membres de l’ensemble qui, en plus de jouer leur rôle, doublent les acteurs principaux et/ou secondaires. Un understudy doit donc apprendre son rôle dans l’ensemble, en plus de deux à trois rôles qu’il jouera à quelques occasions.

Swing
Si les understudys sont les doublures des rôles principaux et secondaires, les swings, eux, sont les doublures des membres de l’ensemble. Ils ne jouent pas dans la production sur une base régulière, mais sont également obligés d’être dans le théâtre à chaque représentation. Ces acteurs ultra-polyvalents peuvent en venir à apprendre de deux à dix rôles d’ensemble différents. En plus de remplacer un membre de l’ensemble lorsqu’il est blessé/malade/en vacances, le swing remplace également lorsqu’un understudy remplace un rôle principal/secondaire.

Alternate
C’est une doublure de type stand-by qui joue au moins une représentation par semaine. Alors que les trois autres types de doublures ne jouent qu’en cas de maladie, blessure ou vacances, l’alternate a la garantie de jouer le rôle chaque semaine. Ce type de doublure est plutôt rare et n’arrive que lorsqu’un rôle principal est très demandant pour l’acteur qui le tient. Depuis 1987, le rôle de Christine dans The Phantom of the Opera est joué hebdomadairement à six reprises par l’actrice principale, et à deux reprises par l’alternate. Plus récemment, la même situation avait lieu dans Les Misérables pour le rôle de Jean Valjean.

Comme le système de doublures est assez complexe, j’ai mis au point ce petit schéma pour vous expliquer plus facilement :

BROADWAYVEZ-understudy-swings-standby-01

Lorsque vous allez voir une production new-yorkaise, il y a deux manières de savoir si les doublures jouent. D’abord, en entrant dans le théâtre, vous verrez un tableau dans le lobby où les doublures qui jouent à cette représentation sont écrites. Sinon, lorsque le placier vous donnera votre programme, un petit papier y sera glissé pour indiquer les rôles joués par des doublures. Même si c’est souvent une déception de ne pas voir l’acteur régulier, je vous confirme que les doublures sont toujours excellentes. Parmi la trentaine de productions new-yorkaises que j’ai vues, je n’ai jamais été déçu de la performance d’une doublure. Au contraire, c’est souvent une agréable surprise de voir un inconnu tenir un rôle important et y apporter sa vision personnelle du personnage!

understudy

NBC ramène Broadway au petit écran

Le 3 décembre prochain, le réseau américain NBC poursuivra se récente tradition et présentera la comédie musicale The Wiz en direct avec une distribution toute étoile composée de Queen Latifah, Mary J. Blidge, Ne-Yo, David Alan Grier et Amber Riley. Ce sera la troisième fois en autant d’années que NBC produira une comédie musicale en direct au mois de décembre!

Dans les années 50, du temps où les chansons de comédies musicales jouaient sur les radios commerciales, NBC avait l’habitude de présenter des captations en direct de comédies musicales de Broadway. En 1955, le réseau avait télédiffusé la production originale de Peter Pan avec Mary Martin dans le rôle-titre, récoltant des cotes d’écoute faramineuses. Fort de ce succès, le réseau a poursuivi cette tradition dans les années qui ont suivi avec des télédiffusions de Cinderella, Annie Get Your Gun, Aladdin et The Fantasticks, notamment. Avec le gain en popularité du rock ‘n’ roll et l’invasion britannique des années 60, cette tradition s’est peu à peu perdue.

En 2012, les producteurs Craig Zadan et Neil Meron, à qui l’on doit les films Chicago et Hairspray, se sont associés au réseau NBC pour ramener cette tradition. Plutôt que d’installer des caméras dans un théâtre de Broadway et filmer une représentation, comme c’était souvent le cas dans les années 50, NBC a décidé de construire les décors dans un studio de télévision et de filmer le tout en direct!

Pour assurer le succès de la première édition, les producteurs se sont tournés vers un classique : The Sound of Music (La Mélodie du Bonheur). Avec la chanteuse Carrie Underwood dans le rôle de Maria, cette première production a été un succès retentissant, dépassant la barre des 18 millions d’auditeurs. Malgré des critiques sévères (mais justifiées) à l’endroit de la gagnante d’American Idol, la performance a grandement plu au public et a confirmé aux producteurs de revenir à la charge l’année suivante.

sound-of-music

En décembre 2014, Zadan et Meron ont donc produit Peter Pan avec, en tête d’affiche, Allison Willians (Peter) et Christopher Walken (Crochet). Bien que les performances des rôles principaux étaient plus solides et que les problèmes techniques de l’année précédente ont été réglés, l’émission a rejoint un peu plus de 9 millions de téléspectateurs, soit la moitié de l’édition précédente. Tout de même, NBC a décidé d’aller de l’avant avec une troisième édition qui sera diffusée le jeudi 3 décembre prochain!

La comédie musicale The Wiz a fait ses débuts sur Broadway en 1975, pour ensuite être adaptée au grand écran en 1978 avec Michael Jackson et Diana Ross dans les rôles principaux. The Wiz est une réinterprétation contemporaine du célèbre roman pour enfants Le Magicien d’Oz de L. Frank Baum. La différence avec le film notoire mettant en vedette Judy Garland? Tous les personnages sont afro-américains et la musique donne dans le soul et le R&B. C’est l’excellent metteur en scène Kenny Leon qui sera le chef d’orchestre de cette distribution prometteuse qui compte un mélange de stars de la musique, de vedettes du grand écran et d’artisans de Broadway. NBC promet une télédiffusion très impressionnante puisque le Cirque du Soleil s’ajoute à l’aventure comme co-producteurs, en plus de créer des numéros de haute voltige pour trois chansons! The Wiz sera vraiment l’événement télévisuel du mois de décembre cette année!

En plus de faire connaître la comédie musicale à davantage de personnes, ces télédiffusions plaisent aux amateurs de Broadway puisque la plupart des rôles secondaires sont joués par des acteurs new-yorkais habitués des planches. En effet, puisque NBC est situé à New York, il est naturel d’aller chercher ce qui se fait de mieux en frais de comédiens-chanteurs pour assurer la solidité des performances. Dans les deux premières éditions, on a notamment vu plusieurs lauréats de plusieurs Tony Awards avoir des rôles prédominants : Christian Borle, Laura Benanti, Audra McDonald, Kelli O’Hara, etc..

À l’instar de NBC, le réseau FOX a aussi décidé de plonger dans l’aventure et présentera Grease le 31 janvier prochain. De la même manière, cette télédiffusion se fera en direct d’un studio de télévision et mettra en vedette un mélange de vedettes et d’acteurs de Broadway. Le rôle de Sandy a été confié à Julianne Hough alors que Dany sera interprété par Aaron Tveit. À ce duo s’ajoutent Vanessa Hudgens, Carly Rae Jepsen, Mario Lopez, Nick Jonas et Martin Short. Ne vous inquiétez, je vous ferai un rappel en janvier pour ceux qui ne veulent pas manquer cette nouvelle version du film classique!

Vous trouvez New York trop loin et le prix des billets de comédies musicales vous désespère? Jeudi le 3 décembre prochain à 20h, ouvrez votre télévision sur NBC et appréciez!

the-wiz

Ces fameuses Rockettes

Un de mes objectifs avec le blogue BroadwayVez était d’avoir des collaborateurs qui, une fois de temps en temps, viendraient ajouter leur grain de sel en abordant des sujets reliés au monde des comédies musicales. Voici donc le premier article d’Audrey Dion, une passionnée des arts de la scène avec qui j’ai eu le plaisir de collaborer sur une foule de spectacles (et avec qui je partage ma vie!)

En tant qu’amoureuse du temps des fêtes, de New York et de Broadway (et aussi parce que j’ai un accès plutôt privilégié au blogue BroadwayVez), j’ai décidé, pour ma première collaboration ici, de vous dresser un petit portrait d’une troupe de danse on ne peut plus connue : les Rockettes. Avec les festivités qui prennent forme à New York présentement, si vous êtes dans le coin, vous ne pourrez pas manquer les nombreuses publicités qui annoncent leurs performances de toutes sortes. Que ce soit au Radio City Music Hall dans le cadre du populaire spectacle Radio City Christmas Spectacular, à l’époustouflante parade de Thanksgiving (Pst! Pour voir la liste des perfos de Broadway à voir lors de la parade, c’est par ici!) ou encore à la traditionnelle cérémonie d’illumination du sapin de Noël du Rockefeller Centre, les Rockettes sont partout.

Je dois avouer que j’ai souvent été à New York, mais que je n’ai jamais vu les Rockettes sur scène. Je me suis quand même toujours questionnée sur toute l’ampleur, la grandeur et la notoriété de cette troupe de danse ô combien acclamée. C’est donc ici que je me lance pour vous permettre de vous péter les bretelles devant votre famille et vos amis en sachant TOUT sur les Rockettes.

D’abord, il faut savoir que la troupe de danse, composée uniquement de femmes, a été fondée en 1925 à St-Louis, au Missouri, avant de rapidement élire domicile à New York. Depuis 1933, Radio City Christmas Spectacular tient donc l’affiche dans la Grosse Pomme de novembre à janvier, dans un spectacle d’une durée de 90 minutes. Ce qui caractérise la troupe? Le synchronisme irréprochable des danseuses et leur uniformité visuelle impressionnante. Que ce soit dans le ballet, le jazz ou la claquette, les filles frôlent définitivement la perfection. Leur célèbre numéro de la parade des soldats de bois, reconnue pour son effet domino assez impressionnant à la toute fin, fait partie des deux numéros originaux de la troupe, conservée depuis leur premier spectacle de Noël en 1932. Par chez nous, les adeptes de la défunte production Noël à Québec se rappelleront de ce numéro emprunté aux Rockettes, d’ailleurs repris partout dans le monde.

Rockettes_domino

Vous rêvez de faire partie de la troupe? Rendez-vous aux auditions qui se tiennent annuellement à New York au printemps. À condition bien sûr que vous soyez âgées de 18 ans ou plus et que vous fassiez entre 5’6″ et 5’10½ » de hauteur. Sinon, vous vous verrez refusées à l’audition, au grand bonheur des 400 ou 500 femmes qui attendront leur tour dans la file d’attente. Et je n’exagère pas du tout. Fait intéressant et choquant : avant 1987, les danseuses à la peau foncée, toutes catégories confondues, n’étaient pas admises dans la troupe par souci d’uniformité et d’esthétique visuelle. Ridicule? À peine…

Vous voulez passer un bon moment en assistant à un spectacle mythique? Je vous conseille d’acheter des billets rapidement parce que le Radio City Christmas Spectacular est définitivement un incontournable de New York. En plus, vous aurez l’occasion de visiter l’immense Radio City Music Hall et ses 6 015 places! Avez ses deux millions de spectateurs chaque année, pas besoin de vous dire de vous dépêcher. Petite mise en garde : si vous êtes un habitué de New York et que comme moi, Times Square vous irrite plus qu’autre chose, attention! C’est le spectacle et l’endroit par excellence des touristes. Armez-vous de patience et de tolérance, vous en aurez besoin. #kodakpartout #savoirvivrelimité

Pour plus d’infos ou pour acheter des billets, rendez-vous sur le site officiel.

Bon spectacle et donnez-nous vos impressions si vous avez l’occasion d’y assister!

CRITIQUE : The Last Five Years au grand écran

En 2013, le réalisateur-scénariste américain Richard La Gravenese à qui l’on doit notamment les films P.S. I Love You et The Fisher King a décidé d’adapter la comédie musicale The Last Five Years au grand écran. Le film indépendant a été tourné à New York avec en tête d’affiche Anna Kendrick (Up in the AirPitch Perfect) et Jeremy Jordan (Newsies sur Broadway).

L’adaptation cinématographique de la comédie musicale intimiste était un choix audacieux pour plusieurs raisons. D’abord, parce que la pièce n’a jamais joué sur de grandes scènes comme Broadway ou Londres. Ensuite, parce que l’histoire en apparence cute est tout sauf simple! Finalement, parce que La Gravenese a confié le rôle principal masculin à un acteur de Broadway complètement inconnu du grand public. Ces trois raisons expliquent probablement pourquoi le film a été un flop financier, avec ses 150 000$ au box-office pour un budget dépassant les 2 millions… Par contre, ces trois mêmes raisons expliquent pourquoi je considère que The Last Five Years est un film audacieux qui se démarque des autres adaptations cinématographiques de comédies musicales.

The Last Five Years raconte la relation amoureuse entre Cathy et Jamie, de leur première rencontre jusqu’à leur rupture, cinq ans plus tard. « Mais pourquoi nous dis-tu le punch final? », que vous me demandez de manière agressive! « Parce qu’on l’apprend dès la première scène », que je vous réponds! En effet, là est la particularité qui différencie The Last Five Years des autres films romantiques : Jamie nous raconte l’histoire de A à Z, alors que Cathy nous la raconte de Z à A. Les deux personnages ne se croisent qu’une seule fois dans leur récit : à leur mariage. Le film (et la comédie musicale) est donc une série de tableaux qui mettent en scène le couple, mais où s’alternent les deux personnages en tant que narrateurs de l’histoire.

La pièce a été écrite et composée par Jason Robert Brown et a vu le jour en 2001 à Chicago. La production dont tout le monde se rappelle est celle ayant joué Off-Broadway en 2002 et qui mettait en vedette Norbert Leo Butz (Wicked, Catch Me If You Can) et Sherie Renée Scott (Aida, The Little Mermaid). Même si cette version n’a joué que pendant deux mois, The Last Five Years a remporté plusieurs prix et la trame sonore a connu un très bon succès.

l5y

Butz et Scott dans la production de 2002

Revenons au film! Je dois dire que The Last Five Years a des moments très forts, ainsi que des moments plutôt faibles. Dans les points positifs, mentionnons la réalisation de La Gravenese qui est rafraîchissante, recherchée et qui met de l’avant la magnifique ville de New York et une foule d’endroits romantiques et méconnus. La musique est bien sûr excellente et le « lipsynch » des acteurs qui avaient préalablement enregistré les chansons en studio ne paraît quasiment pas, contrairement à certains autres films du genre. Mes moments coups de coeur sont les chansons « Climbing Uphill » et « If I Didn’t Believe in You » ainsi que la scène finale.

Parmi les points négatifs, on note certaines chansons plus faibles qui dérangent le rythme du film. C’est le cas de « The Schmuel Song » dont on ne comprend pas trop l’importance dans l’histoire ainsi que « Moving Too Fast » où Jamie marche dans la ville et les passants se mettent à danser l’instant de quelques secondes. Il n’y a aucune chorégraphie (ni rien qui s’y rapproche) ailleurs dans le film, sauf ce drôle de moment qui nous rappelle de pénibles souvenirs du film Mamma Mia!… Selon moi, le problème majeur du film The Last Five Years est l’absence de mise en contexte du concept d’histoire racontée de manière antichronologique par l’un des deux personnages. J’ai rapidement compris le concept parce que je connaissais déjà bien la comédie musicale, mais si je me mets dans les souliers d’un néophyte, l’idée est très difficile à cerner. Les transitions entre les scènes se font trop naturellement alors qu’en réalité, on fait des bonds de plusieurs années en avant et en arrière! La façon trop facile aurait été d’avoir un sous-titre qui mentionne la date au début de chaque scène, mais je suis certain qu’un procédé plus subtile et tout aussi efficace aurait pu être développé pour faciliter la compréhension.

jamie

Côté interprétation, les deux acteurs principaux donnent une très bonne performance. Le jeu est juste et tout en subtilité. Jeremy Jordan est parfaitement crédible dans le rôle de l’égocentrique Jamie. Sa voix est extrêmement solide, si bien qu’à quelques moments, on remarque que c’est sa vraie voix sur le plateau de tournage qui a été conservée, plutôt que celle préenregistrée en studio. C’est là qu’on voit l’expérience de Jordan et ses nombreuses années à jouer 8 performances par semaine sur Broadway. Anna Kendrick, de son côté, rend très bien le rôle de Cathy. Vocalement, on sent un manque de solidité dans les aigus à quelques moments. Par contre, ça n’enlève en rien qu’elle a une très belle voix qu’elle a su mettre en évidence dans des chansons plus douces comme « Still Hurting » et « See I’m Smiling ».

J’ai adoré les petits caméos d’acteurs ayant participé à des productions antérieures de la pièce, dont Sherie Renée Scott qui joue une directrice de casting, Betsy Wolfe qui joue la coloc de Cathy et le compositeur Jason Robert Brown, qui joue un pianiste d’audition. C’est une manière originale de rendre hommage à ceux qui ont créé ces rôles, un peu comme lorsque Colm Wilkinson (le premier Valjean) avait joué l’Évèque dans le film Les Misérables.

Somme toute, The Last Five Years est un bon film que tout amateur de comédie musicale se doit de voir. J’ose espérer que ce long-métrage inspirera plusieurs réalisateurs à se tourner vers le marché des films indépendants pour adapter des comédies musicales intimistes. Quand j’entends les rumeurs de long-métrage de Spring Awakening ou de Next to Normal, je ne peux tout simplement pas m’imaginer une giga-production comme les adaptations d’Into the Woods ou Les Misérables. Les films indépendants peuvent se permettre d’avoir des acteurs spécialisés en comédie musicale qui conserveront l’essence de ces comédies musicales… À suivre!

cathy

#BroadwayQc : 5 productions que j’aimerais voir au Québec

Je commence aujourd’hui une série de publications #BroadwayQc, dans laquelle j’aborderai la comédie musicale au Québec sous différentes formes. Parfois de manière sérieuse pour tenter de comprendre la relation qu’ont les Québécois avec cette forme d’art, et d’autres fois de manière amusante, comme aujourd’hui!

Je vous présente donc, dans le désordre, cinq productions de comédie musicale que j’aimerais voir au Québec. Les règles sont simples : il n’y en a pas! Je ne me donne aucune contrainte, point final. Je vous lance ces 5 idées, tantôt plausibles dans un futur proche, tant complètement irréaliste! N’hésitez pas à me faire part, vous aussi, de vos productions de rêve!

Jesus Christ Superstar
L’album original a connu un très bon succès au Québec dans les années 70 et la tournée qui est passée en 2009-2010 a joué devant des salles combles. Récemment, bon nombre de productions à l’international ont essayé de réinventer l’oeuvre, resituant l’action dans une foule de contextes plus éclatés les uns que les autres. Pour cette première production québécoise, je retournais à la source : le rock. Au-delà d’une relecture des 7 derniers jours de Jésus, l’opéra rock est ancré dans les années 70. Je vois donc une production d’esthétique « concert rock » 100% assumé. Comme l’essence de Jesus Christ Superstar est la musique, j’irais avec une distribution de chanteurs, dirigée par le metteur en scène Gilles Maheu.

  • Distribution : Rémi Chassé (Jésus), Matt Laurent (Judas), Marième Ndiaye (Mary), Bruno Pelletier (Ponce Pilate), Laurent Paquin (Hérode), Philippe Berghella (Caiaphas), Isabeau Proulx Lemire (Annas), Hugo Charland (Simon), Sylvie Desgroseilliers et Marie-Christine Depestre (Soul Sisters)
  • Écoutez un aperçu de la récente production de Broadway

BROADWAYVEZ-jcs

Gypsy
Située à 180 degrés de mon idée pour Jesus Christ Superstar, je vois cette production de Gypsy très humaine, très sobre et très terre-à-terre. Comme l’histoire se déroule dans le domaine des fêtes foraines et des petits cabarets de chansons et de strip-tease, je verrais une esthétique comme la production de L’Opéra de Quat’Sous de Martin Genest (Théâtre du Trident, 2011). C’est donc à ce dernier que je confierais la mise en scène.

  • Distribution : Marie-Thérèse Fortin (Mama Rose), Élise Cormier (Louise), Jean-Sébastien Ouellet (Herbie), Joëlle Bourdon (June), Pierre-Olivier Grondin (Tulsa), Katee Julien (Tessie Tura)
  • Écoutez un aperçu de la récente production londonienne

BROADWAYVEZ-gypsy

Once
Depuis que j’ai vu ce spectacle à New York, je n’ai pas encore trouvé les bons mots pour décrire cette œuvre. Pour vous mettre en perspective, imaginez la comédie musicale Rent, avec les chansons de Mumford & Sons. Once est l’histoire d’un auteur-compositeur irlandais en peine d’amour qui n’a plus d’inspiration. Par un heureux hasard, il se met à côtoyer des musiciens de la communauté tchèque de Dublin et rencontre une jeune pianiste qui lui redonnera de l’inspiration. L’adaptation du film lauréat d’un Oscar a connu un très gros succès partout où elle est passée et ce genre de production aurait un succès fou au Québec, dans des salles de moyenne taille. Une particularité qui ajoute à la difficulté du spectacle : tous les acteurs-chanteurs sont également les musiciens! Je vois donc une production épurée et contemporaine composée de chanteurs pouvant acter et de comédiens pouvant chanter, sous la direction de Frédéric Dubois.

  • Distribution : Jean-François Breau (Gars), Klô Pelgag (Fille), Marc Angers (Eamon), Mara Tremblay (Réza), Stéphan Côté (Emcee), Claude Prégent (Da)
  • Écoutez un aperçu de la production originale de Broadway

BROADWAYVEZ-once

Hedwig and the Angry Inch
Ce spectacle est parfait pour briser tous les stéréotypes associés aux comédies musicales. Hedwig est une rockstar transgenre d’Allemagne de l’Est qui se donne en spectacle avec son groupe, les Angry Inch. Accompagné d’un choriste transgenre (Yitzhak), Hedwig raconte sa vie sur des airs tantôt rock, tantôt punk. C’est le genre de production qui pourrait joindre un public atypique et jouer dans des salles de spectacle peu communes pour du théâtre musical : le Club Soda, L’Impérial de Québec, Les Foufounes électriques, etc. Pour mettre en scène cette production hors norme, c’est le nom de René-Richard Cyr qui m’est venu en tête

BROADWAYVEZ-hedwig

Into The Woods
Après l’infâme Sweeney Todd à Québec, qui oserait s’attaquer à un autre Sondheim? Honnêtement, je ne sais pas, mais pourquoi ne pas rêver? Le film Into the Woods a connu un beau succès et, malgré que la comédie musicale ne soit pas très connue ici, les personnages, eux, le sont! La production originale sur Broadway était très family-friendly, mais l’oeuvre en soi est plutôt sombre et plusieurs mises en scène récentes étaient éclatées, contemporaines et irrévérencieuses. Pour que cette comédie musicale ait du succès au Québec, je crois qu’il faut un entre-deux. C’est pourquoi je verrais Serge Denoncourt à la mise en scène.

  • Distribution : Émile Proulx-Cloutier (Boulanger), Geneviève Charest (Femme du Boulanger), Kathleen Fortin (La Sorcière), Albane Chateau (Cendrillon), Renaud Paradis (Loup/Prince de Cendrillon), Véronique Claveau (Chaperon Rouge), David Noël (Jack), Guy Nadon (Narrateur), Linda Sorgini (Mère de Jack/Belle-mère de Cendrillon)
  • Écoutez un aperçu du revival de Broadway en 2002

BROADWAYVEZ-itw

Ces cinq productions sont issues de mon imagination et chacune comporterait un haut coefficient de difficulté. Si vous êtes producteur et que mon article vous inspire à monter l’une de ces comédies musicales, appelez-moi 😉

Théâtre amateur : pourquoi payer les droits d’auteur?

Encore aujourd’hui, certains pensent qu’on peut produire n’importe quelle pièce de théâtre ou comédie musicale amateure sans se soucier des droits d’auteurs. Et bien, sachez que c’est faux! Une production, qu’elle soit professionnelle avec un budget de 10 millions de dollars ou amateure avec un décor en papier mâché, se doit de payer des droits, ne serait-ce que par respect pour les auteurs qui ont consacré plusieurs années de leur vie à une œuvre.

Bien sûr, ce ne sont pas les auteurs qui gèrent eux-mêmes les permis pour produire leurs pièces. Vous voulez produire Tarzan The Musical? Vous n’appellerez pas Phil Collins directement : « Salut Phil! Combien tu me charges pour jouer Tarzan dans le sous-sol de mon église devant les retraités de mon village? ». Ce sont plutôt de grandes organisations comme MTI et R&H qui gèrent le tout. En plus de vous permettre de jouer votre production en toute légalité, ces entreprises vous fourniront les textes complets et bien sûr, les partitions! De plus, ils s’assurent qu’une même pièce ne joue pas dans la même région à des dates similaires. Souvent, ces entreprises offrent de belles solutions pour économiser sur vos coûts de production : trames sonores instrumentales complètes, trames sonores de répétition, graphisme pour vos affiches, etc.

Vous me dites : « Je n’ai pas de pitié pour les auteurs et j’vais trouver les partitions sur Internet »
Sachez que les conséquences vous coûteront pas mal plus cher que le prix pour acquérir le droit de jouer la pièce! Les grandes entreprises qui gèrent les droits d’auteur paient des gens à temps plein pour trouver les productions illégales afin de leur imposer des amendes très salées. Il y a trente ans, MTI qui est basé à New York n’avait aucune chance de trouver une production illégale de Cats dans le fin fond du Yukon pour lui imposer une amende! Aujourd’hui, à l’ère d’Internet, il est très facile pour eux de vous trouver. Si vous décidez de jouer une production illégalement, sachez que les entreprises qui gèrent les droits d’auteurs ne seront jamais bien loin et vous chanteront à l’oreille le refrain de ce classique du groupe The Police : « Every breath you take, every move you make, every bond you break, every step you take, I’ll be watching you ». Pis en passant, ma dernière phrase est doublement plus vraie si vous jouez illégalement la comédie musicale The Last Ship, écrite par Sting (ok, j’suis rendu un peu loin dans mes réflexions…).

« Mais comment m’en coûtera-t-il pour être légal et ne pas entendre Sting dans mes oreilles? »
Il faut savoir qu’une comédie musicale connue internationalement vous coûtera plus cher qu’une pièce de théâtre d’un auteur québécois. Habituellement, une comédie musicale regroupe davantage d’artisans (compositeur, parolier, auteur du livret, arrangeur, orchestrateur, etc.) qu’une pièce de théâtre (souvent un seul auteur), ce qui joue sur le prix. Ensuite, une série de facteurs entrent en ligne de compte : grandeur de la salle, nombre de représentations, localisation géographique, etc. Si je me fie aux productions auxquelles j’ai participé à travers les années, The Addams Family à 2 reprises dans une salle de 300 places avoisinait les 2 300$, alors que Cats à 2 reprises à la Salle Albert-Rousseau par des élèves du secondaire avait coûté 6 600$ (photo ci-dessous). Au niveau professionnel, quand j’étais régisseur pour la première mondiale francophone de Sweeney Todd au Capitole de Québec, les coûts pour 10 représentations dépassaient les 30 000$. Probablement que comme nous tous, artisans et acteurs de la production, MTI n’a pas été payé au complet, mais ça c’est une autre histoire

cats-sje

« La pièce que je veux jouer ne semble pas être disponible »
Le plus souvent, si la production originale joue encore sur Broadway, les droits ne sont tout simplement pas disponibles. Il y a une espèce d’aura autour des productions nouvellement arrivées sur Broadway et les producteurs veulent offrir une certaine exclusivité aux gens qui se déplacent à New York. Il y a donc du positif lorsqu’une pièce termine sa série de représentations : les troupes scolaires et amateures aux quatre coins du monde pourront la jouer! Voici une petite liste de comédies musicales dont les droits d’auteurs ne sont pas disponibles :

  • Wicked
  • The Lion King (par contre, MTI offre une version courte pour enfants)
  • The Book of Mormon
  • Hamilton

C’est donc dire que si vous entendez parler d’une production amateure d’un de ces spectacles près de chez vous, vous saurez qu’ils sont illégaux… C’est le bon moment de leur faire jouer « Every Step You Take » de The Police! (Je pense que je vais trop loin avec ce gag…)

« Je suis prêt à acheter les droits d’auteur! »
Toutes mes félicitations! Vous devez maintenant trouver quelle entreprise gère les droits de ce spectacle. Par la suite, vous les contacterez pour faire la demande. Ils vous enverront une soumission que vous devrez payer avant le début des répétitions. Voici les entreprises principales qui gèrent les droits d’auteur :

« Et pour du théâtre québécois? »
La façon de faire est relativement semblable que pour une comédie musicale. La perception des droits d’auteurs de la majorité des œuvres théâtrales d’auteurs québécois est gérée par la Société québécoise des auteurs dramatatiques (SoQAD). Pour une production professionnelle, la SoQAD charge un pourcentage de la billetterie au théâtre qui produit la pièce. Un jeune auteur qui en est à ses débuts recevra entre 2 et 5% des recettes, alors qu’un auteur réputé recevra peut-être entre 15 et 20%. Pour une production amateure, la SoQAD charge plutôt un tarif fixe à la troupe, qui diffère selon le nombre de représentations, la grosseur de la salle, etc. Vous pouvez vous attendre à payer en bas de 200$.

En résumé
Payer les droits d’auteur devrait être la moindre des choses. Ce sont des coûts supplémentaires, c’est certain, mais il faut voir ces frais comme des dépenses de base, au même titre que votre salle, vos équipements techniques et vos costumes!

Votre production n’a pas les moyens d’acquérir les droits d’auteurs? Écrivez vous-même votre pièce! Par contre, après avoir mis des heures et des heures sur la création de votre propre spectacle, seriez-vous prêt à la donner à des centaines d’inconnus? Vous comprendrez peut-être l’importance des droits d’auteurs…

*Un gros merci à l’auteure Isabelle Hubert qui m’a renseigné sur la façon de faire pour une pièce de théâtre québécoise!

Une Québécoise aux Broadway Sessions de New York

Le 24 septembre prochain, Katee Julien sera la première Québécoise à monter sur la scène du Beechman Theatre à Manhattan dans le cadre des Broadway Sessions. Ces soirées musicales hebdomadaires sont organisées par l’acteur Ben Cameron (Wicked, Aida, Footloose) et mettent habituellement en scène des interprètes de la Grosse Pomme. Pour vous donner une idée de l’envergure des Broadway Sessions, voici quelques chanteurs qui ont récemment pris part à l’événement : Tony Danza, Megan Hilty, Will Chase, Constantine Maroulis, Billy Porter, Reeve Carney, Nikki Blonsky. Visitez leur chaîne YouTube!

Quoi? Vous ne connaissez pas Katee Julien? Découvrez l’une des meilleures voix du Québec en visitant son site officiel.

Je vous entends déjà me demander : mais comment une chanteuse de Québec n’ayant jamais joué sur Broadway (pour l’instant!) se ramasse en tête d’affiche des Broadway Sessions? L’histoire est aussi invraisemblable qu’intéressante!

En décembre 2014, Katee visitait New York pour une énième fois en compagnie de l’acteur David Noël, avec qui elle avait joué dans la version québécoise de Sweeney Todd. Après avoir assisté à la comédie musicale Side Show, les deux amis décident de terminer la soirée dans un petit restaurant connu pour ses événements « open mic night ». Le concept est simple : un pianiste est présent et quiconque a envie de chanter monte sur scène! Rapidement, Katee et David se rendent compte qu’ils sont au beau milieu d’une foule dont la grande majorité des gens sont des acteurs de Broadway. L’animateur de la soirée, Ben Cameron, repère rapidement les deux visages inconnus et commence à leur parler. De fil en aiguille, Katee, qui pensait seulement assister à des prestations, se retrouve sur scène devant des dizaines et des dizaines de chanteurs professionnels qui œuvrent sur Broadway. Dès les premières notes, la chanteuse surprend tout le monde! Katee finira par interpréter trois chansons à la demande de la foule… et de l’animateur qui est tombé en amour avec elle! (photos à l’appui, ci-dessous)

Katee-Julien-Ben-Cameron

De retour de New York, Ben Cameron est entré en contact avec Katee pour l’inviter à revenir se produire en spectacle, mais cette fois-ci, dans le cadre des Broadway Sessions qu’il organise chaque jeudi au Laurie Beechman Theatre! La soirée du 24 septembre a pour titre BELTING B**CHES, un nom humoristique et très évocateur, quand on sait que Katee est réputée pour sa technique de chant belting. La chanteuse québécoise se produira notamment aux côtés d’Ellyn Marie Marsh, qui cumule plusieurs grandes comédies musicales de Broadway sur son CV. Dans le texte d’introduction de la soirée du 24, on peut lire: « Also featuring French Canadian chanteuse Katee Julien… just wait til you hear this voice!!! ».

Pour la chanteuse de Québec, cette soirée est une opportunité unique de se faire connaître dans la capitale mondiale des comédies musicales. Les Broadway Sessions sont une véritable porte d’entrée pour se faire connaître par des gens influents de l’industrie!

J’ai la chance de connaître personnellement Katee depuis plusieurs années, ayant travaillé avec elle sur de nombreux projets, dont l’infâme Sweeney Todd au Capitole, pour lequel elle avait reçu des critiques exceptionnelles. J’étais aussi de ce voyage à New York en décembre 2014, haut en émotions pour elle puisqu’on lui avait également préparé une soirée d’anniversaire surprise avec limousine et champagne à Times Square! Je peux vous dire que Katee a tout ce qu’il faut pour monter sur les planches de Broadway : la voix, l’interprétation, le professionnalisme et surtout, la passion!

Restez à l’affût, puisqu’il y aura certainement quelques photos et vidéos du passage de Katee aux Broadway Sessions.

Vous êtes à New York la semaine prochaine et vous voulez assister à l’événement? Voici les infos :

  • Où? Laurie Beechman Theatre (407, 42e Rue Ouest, NYC, 1003)
  • Quand? 24 septembre 2015 à 23h
  • Combien? Cover charge de 5$ + 15$ de consommation minimum
  • Site officiel broadwaysessions.net

Éteindre les lumières de Broadway pour honorer les plus grands

New York est connue mondialement pour plusieurs raisons, dont le célèbre Times Squares qui illumine les alentours de la 42e Rue en permanence. C’est un des endroits les plus visités sur la planète et les milliers de lumières ont contribué à nommer New York « la ville qui ne dort jamais ». Avant que n’apparaissent les centaines de panneaux publicitaires à lumières LED, c’était majoritairement les théâtres de Broadway et leurs imposantes marquises qui illuminaient l’endroit. Cependant, quelques fois par année, les façades des 40 théâtres de Broadway plongent dans l’obscurité simultanément pour honorer la perte d’une personnalité importante.

Le fait de fermer la lumière des marquises de tous les théâtres de Broadway est un symbole d’adieu de l’ensemble de la communauté artistique new-yorkaise pour honorer une personne qui entre dans les livres d’histoire. La cérémonie est brève et précise : le lendemain du décès, les 40 théâtres de Broadway éteignent leurs lumières extérieures pendant une minute complète à 20h pile, heure habituelle de début des spectacles. Par la suite, les rideaux s’ouvrent et the show must go on! Aucune annonce particulière n’est faite, mis à part l’envoi d’un communiqué de presse quelques heures avant le cérémonie.

Qui prend la décision?
C’est un comité interne de la Broadway League, l’organisme qui supervise les théâtres de Broadway (apprenez-en sur l’organisme dans mon lexique à http://bit.ly/lexique-bway). Les règles exactes ne sont pas divulguées, mais la League rappelle que les standards de décision sont très élevés. Les lumières ne peuvent se fermer constamment pour tous les départs de membres de la communauté théâtrale.

Et depuis quand?
Les origines de cette tradition remontent à 1952, alors que l’actrice Gertrude Lawrence a succombé à une hépatite virale entre deux représentations de la comédie musicale The King and I, dans laquelle elle tenait le rôle principal. Les propriétaires des théâtres de Broadway avaient alors décidé d’éteindre les lumières des marquises pour honorer le départ tragique de l’actrice. Huit ans plus tard, les lumières se sont fermées une seconde fois, cette fois-ci pour le célèbre auteur et parolier Oscar Hammerstein II, à qui l’on doit les comédies musicales The Sound of Music, The King and I, Oklahoma!, Carousel, South Pacific et Show Boat. La troisième personne à avoir été honorée de cette façon est l’acteur Alfred Lunt en 1977. Par la suite, le geste est devenu une tradition que l’on voit se produire à quelques reprises chaque année.


dim-lights-PhilipSH
Le célèbre Shubert Theatre, plongé dans l’obscurité suite au décès de Philip Seymour Hoffman

L’idée de cet article m’a été proposée dans la semaine entourant le départ prématuré de l’acteur Kyle Jean-Baptiste. Ce dernier était passé à l’histoire au mois de juillet dernier lorsqu’il était devenu le plus jeune (21 ans) et le premier Afro-Américain à jouer le rôle de Jean Valjean dans Les Misérables sur Broadway. Le jeune acteur à l’avenir prometteur est décédé le 29 août, après être tombé de l’escalier extérieur d’un appartement. Rapidement, le réseau Twitter s’est enflammé, offrant des sympathies à la famille et réclamant à la League d’éteindre les lumières des théâtres. Même si Jean-Baptiste était passé à l’histoire quelques semaines plus tôt, l’organisme a décidé que son impact n’était pas suffisant pour recevoir l’ultime honneur. La décision n’a pas été contestée, mais le propriétaire de l’Imperial Theatre (où Les Misérables tient l’affiche) a décidé de reproduire la tradition après la représentation du 1er septembre. Dans un mouvement de solidarité, deux autres théâtres voisins ont fait de même.

dim-lights-KyleJB

Récemment, les lumières se sont fermées pour honorer le départ des comédiens Robin Williams, Philip Seymour Hoffman, Roger Rees et Joan Rivers, ainsi que le célèbre agent de casting Samuel Liff.

Les 5 comédies musicales inépuisables de Broadway

Au Québec, la pièce de théâtre Broue fait rire les foules depuis 1979. La production a même fracassé un record Guinness de longévité pour une même distribution. Avec plus de 3 000 représentations au compteur, Michel Côté, Marcel Gauthier et Marc Messier sont entrés dans la légende!

À New York, les choses sont un peu différentes. Une production doit jouer 8 représentations par semaine de manière continue pour ne pas fermer. Les distributions changent constamment, permettant à un spectacle de jouer sans arrêt. Le record tenu par Broue est donc assuré de rester en sol québécois puisqu’aucune production de Broadway ne pourra atteindre l’exploit. Cependant, il est toujours impressionnant de passer devant le Majestic Theatre sur la 44e Rue new-yorkaise et de se dire que la même production joue sans arrêt depuis 1988! Assez de « bla bla », voici le top-5!

1) The Phantom Of The Opera (11 483 représentations depuis 1988)

Depuis le 26 janvier 1988, le célèbre Fantôme hante Broadway et la date d’expiration semble inexistante. La production a d’abord vu le jour à Londres en 1986 (où elle joue toujours après plus de 12 000 représentations), puis a ouvert ses portes à New York avec les acteurs anglais Michael Crawford et Sarah Brightman. Quelques petits changements ont été effectués après la sortie du film en 2004, mais il faut avouer que le spectacle aurait besoin d’une petite mise à jour. Les technologies ont évolué depuis les années 80 et certains effets théâtraux, dont la célèbre tombée du chandelier, auraient besoin d’un petit lifting pour entrer dans le 21e siècle. Néanmoins, le Fantôme reste un incontournable pour quiconque a un intérêt pour le théâtre!

   phantom-bway

2) Chicago (7 811 représentations depuis 1996)

Après une production durement reçue dans les années 70, Chicago a fait son retour à New York en 1996 et le succès a été retentissant! Certains disent que la production originale était trop avant-gardiste, alors que d’autres blâment le mauvais timing. En effet, Chicago avait ouvert quelques semaines avant la comédie musicale A Chorus Line, qui a révolutionné le domaine. La production épurée de 1996 a donné une seconde chance à cette comédie musicale qui est maintenant l’une des plus connues au monde, merci au film de 2003 qui a remporté 6 Oscars. Mais attention! Si vous pensez voir une méga-production à l’image du film, vous serez déçus. La production minimaliste mise en scène par Walter Bobbie est très brechtienne, sans grands décors et costumes.

chicago-bway

3) The Lion King (7 406 représentations depuis 1997)

Le deuxième essai de Disney sur Broadway a frappé fort en 1997. La comédie musicale inspirée du film pour enfants plaît autant aux jeunes qu’aux plus âgés. La mise en scène imaginative de Julie Taymor est haute en couleurs et intègre une multitude d’éléments de la culture africaine. Contrairement à The Phantom of the OperaThe Lion King n’a rien perdu de sa fraîcheur et approche son 20e anniversaire avec autant de succès qu’au premier jour. Alors que les deux premières productions de ce top-5 connaissent des périodes plus creuses dans une année (les forçant à vendre certains billets à rabais), la comédie musicale signée Elton John et Tim Rice vend les 1 621 sièges du Minskoff Theatre à plein prix depuis ses tout débuts. Disney a beau essayer de reproduire ce succès avec des adaptations de tous ses films d’animation, il faut avouer que les chances sont minces!

lion-king-bway

4) Wicked (4 937 représentations depuis 2003)

S’il y a une comédie musicale qui peut éventuellement détrôner le Fantôme, c’est Wicked. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est vraiment pas ma préférée (très loin de là!). Par contre, je dois reconnaître que tous les ingrédients sont là pour battre des records de longévité : musique pop, chorégraphies impressionnantes, décor gigantesque, costumes colorés, etc. Wicked est le point de rencontre entre Glee et Le Magicien d’Oz. L’histoire est cute et toutes les jeunes adolescentes peuvent se reconnaître dans les deux personnages principaux. Les 1 933 sièges du Gershwin Theatre sont occupés à chacune des représentations depuis 2003 et si les ventes de billets finissent par ralentir un peu, une adaptation cinématographique est présentement en préproduction. Bref, Wicked est là pour rester et continuera d’être la production qui amasse le plus d’argent (plus de 95 millions $ annuellement) dans la Grosse Pomme!

wicked-bway

5) Jersey Boys (4 072 représentations depuis 2005)

La production qui arrive au 5e rang est la comédie musicale biographique sur la vie du célèbre groupe Franki Valli & The Four Seasons. L’avez-vous vu à la Place des Arts de Montréal en janvier dernier? Moi non plus… Le spectacle est dramatiquement bien construit et illustre la montée du groupe aux États-Unis. C’est un spectacle qui s’adresse principalement aux baby-boomers, qui remplissent le Wilson Theatre depuis maintenant dix ans. Par contre, les foules ne sont plus autant au rendez-vous et je prédis que Jersey Boys sera la première production de ce top-5 à fermer ses portes…

jersey-boys-bway

*Mentions spéciales : Si les productions ci-dessus continuent de jouer, plusieurs comédies musicales ont plié bagage après d’impressionnantes séries de représentations. En rafale, le top-5 des productions du passé :

  1. Cats : 7 493 représentations entre 1982 et 2000
  2. Les Misérables : 6 680 représentations entre 1987 et 2003
  3. A Chorus Line : 6 137 représentations entre 1975 et 1990
  4. Mamma Mia! : 5 758 représentations entre 2001 et 2015
  5. Beauty and the Beast : 5 461 représentations entre 1994 et 2007

**Une autre mention spéciale : Ben oui, j’suis fou de même! Je tenais simplement à vous rappeler que le Fantôme peut se « péter les bretelles » d’avoir le record de longévité sur Broadway, mais le record mondial est détenu par une autre production new-yorkaise qui fait son petit bonhomme de chemin dans un théâtre Off-Broadway depuis 1960 : The Fantasticks. La petite comédie musicale romantique qui a pignon sur rue à Times Square dans le Orbach Theater totalise aujourd’hui plus de 20 800 représentations! À travers les années, de futures vedettes ont joué dans la production, dont Liza Minnelli, Elliott Gould, F. Murray Abraham, Glenn Close et Kristin Chenoweth.

fantasticks-bway

6 acteurs hollywoodiens qui feront leur début sur Broadway cette année

Plusieurs grands acteurs ont fait leur début sur les planches des théâtres new-yorkais avant de devenir de grandes célébrités du cinéma hollywoodien (Al Pacino, Dustin Hoffman, Hugh Jackman, Meryl Streep, etc.). À chaque année, des acteurs font le chemin inverse et, après des années à connaître du succès dans le cinéma, font leur début sur Broadway. C’est un défi de taille puisqu’un bon acteur de cinéma n’excellera pas nécessairement sur les planches, et vice versa! À travers les années, plusieurs célébrités hollywoodiennes ont raconté ces quelques mois sur Broadway comme étant le plus grand défi de leur carrière! Cette année encore, plusieurs acteurs feront le saut sur les planches, dont 3 lauréats d’un Oscar!
1) Forest Whitaker
Le polyvalent acteur qui a remporté l’Oscar du Meilleur Acteur en 2006 pour l’excellent The Last King of Scotland fera ses débuts sur Broadway dans un revival de la pièce Hughie du célèbre dramaturge Eugene O’Neill. C’est le réputé metteur en scène britannique Michael Grandage qui orchestrera cette production prévue pour le printemps.
forest-whitaker
2) Keira Knightley
L’actrice britannique qu’on voit exceller au grand écran depuis son enfance fera ses débuts sur Broadway dans le rôle-titre de l’adaptation théâtrale de Thérèse Raquin, le célèbre roman d’Émile Zola. L’actrice a auparavant joué dans quelques productions londoniennes, mais Thérèse Raquin sera son baptême théâtral en sol américain! Une production à voir à New York dès le mois d’octobre.
keira-knightley
3) Bruce Willis
Et oui, le grand John McClane fera ses débuts sur Broadway! Vous vous rappelez du film Misery dans lequel Kathy Bates brisait les jambes de James Caan à coups de marteau? Le roman culte de Stephen King a été adapté en pièce de théâtre et c’est Bruce Willis qui jouera le rôle du romancier Paul Sheldon, aux côtés de Laurie Metcalf. Si vous voulez voir Bruce, décidez-vous rapidement parce que les billets pour la production prévue pour l’automne s’envolent rapidement!
bruce-willis
4) Jennifer Hudson
Le célèbre roman The Color Purple a d’abord été adapté en film (1985), puis en comédie musicale (2005). La production originale de Broadway a charmé le public new-yorkais, si bien qu’une nouvelle mouture verra le jour cet automne. Afin d’attirer les foules, les producteurs comptent sur la participante d’American Idol et lauréate d’un Oscar (Dreamgirls) pour camper un rôle secondaire. Une distribution de haut calibre prendra d’assaut le Jacobs Theatre dès le mois de novembre!
jennifer-hudson
5) George Takei
Le célèbre acteur qui a campé le Commandant Sulu dans Star Trek pendant douze ans fera ses débuts sur Broadway cet automne. L’acteur de 78 ans jouera deux rôles majeurs dans la nouvelle comédie musicale Allegiance, qui dépeint l’arrivée des japonais en Amérique pendant la Seconde guerre mondiale. Ce qui rend le tout encore plus unique, c’est que les auteurs se sont inspirés de la vie de Takei, qui jouera le rôle de son propre grand-père. À voir dès le mois prochain sur Broadway!
george-takei
6) Marlee Matlin
L’actrice de 50 ans est la troisième lauréate d’un Oscar dans cette liste. En plus d’être la plus jeune récipiendaire du prix de la Meilleure Actrice, Matlin a été la première personne sourde à remporter la prestigieuse statuette en 1986, pour sa touchante performance dans Children of a Lesser God. Quand on a annoncé que la comédie musicale Spring Awakening revenait sur Broadway dans une production comptant une majorité d’acteurs sourds, les rumeurs ont vite circulé, annonçant Matlin dans la distribution. Quelques jours plus tard, le tout a été confirmé et l’actrice fera ses débuts sur Broadway dans quelques jours!
marlee-matlin
Sans être leur premier crédit sur Broadway, plus autres acteurs hollywoodiens brilleront sur les planches cette année : Al Pacino, Matthew Broderick, James Earl Jones, Cicely Tyson, Frank Langella, Sam Rockwell, Telly Leung, Jane Krakowski, Ciaran Hinds, Jessica Lange et plusieurs autres.