Mes prédictions : Tony Awards 2019

Chaque année depuis 2007, j’écoute les Tony Awards. Pour les fans de comédies musicales, c’est notre soirée des Oscars. Notre Super Bowl. Notre Met Gala. Bref, c’est la grosse patente de l’année.

Chaque année depuis 2015, je vous partage mes prédictions. Ça n’a rien de scientifique, mais c’est l’fun. Pour moi, en tout cas. Et certaines années, je suis pas mal fier de mes résultats! La preuve :

  • 2015 : 19 sur 24
  • 2016 : 18 sur 24
  • 2017 : 12 sur 24 (ouf…)
  • 2018 : 18 sur 24

Cette année, j’ai envie de faire les choses un peu différemment. Comme je vous l’ai expliqué dans mon article sur la saison des galas à New York, une foule de remises de prix a lieu avant les Tony Awards. Ces galas sont de bons indicateurs des grandes tendances que prendront les Tony Awards, comme le sont les Golden Globes avant les Oscars. Certaines années, les résultats des Drama Desk et des Outer Critics Circle Awards sont venus faciliter mes prédictions. D’autres années, les Tony Awards ont pris une tangente différentes des autres galas, venant influencer négativement les prédictions. Bref, j’ai envie de me prêter à l’exercice des prédictions avant les galas secondaires, puis après.

C’est un petit test que je fais!
Ça va être l’fun. Pour moi, en tout cas.

➼ = Prédiction pré-galas (8 mai)
❋ = Prédiction post-galas (3 juin)
★ = Gagnant(e)

Meilleure comédie musicale
Ain’t Too Proud
Beetlejuice
➼ Hadestown
The Prom
Tootsie

Meilleure pièce de théâtre
Choir Boy
The Ferryman
Gary: A Sequel to Titus Andronicus
Ink
What the Constitution Means to Me

Meilleure reprise d’une comédie musicale
Kiss Me, Kate
 Oklahoma!

Meilleure reprise d’une pièce de théâtre
➼ All My Sons
The Boys in the Band
Burn This
Torch Song
The Waverly Gallery

Meilleur acteur dans une comédie musicale
Brooks Ashmanskas (The Prom)
Derrick Baskin (Ain’t Too Proud)
Alex Brightman (Beetlejuice)
Damon Daunno (Oklahoma!)
➼ Santino Fontana (Tootsie)

Meilleure actrice dans une comédie musicale
➼ Stephanie J. Block (The Cher Show)
Caitlin Kinnunen (The Prom)
Beth Leavel (The Prom)
Eva Noblezada (Hadestown)
Kelli O’Hara (Kiss Me, Kate)

Meilleur acteur dans une pièce de théâtre
Paddy Considine (The Ferryman)
➼ Bryan Cranston (Network)
Jeff Daniels (To Kill a Mockingbird)
Adam Driver (Burn This)
Jeremy Pope (Choir Boy)

Meilleure actrice dans une pièce de théâtre
➼ Annette Bening (All My Sons)
Laura Donnelly (The Ferryman)
Elaine May (The Waverly Gallery)
Janet McTeer (Bernhardt/Hamlet)
Laurie Metcalf (Hillary and Clinton)
Heidi Schreck (What the Constitution Means to Me)

Meilleur acteur de soutien dans une comédie musicale
André De Shields (Hadestown)
Andy Grotelueschen (Tootsie)
➼ Patrick Page (Hadestown)
Jeremy Pope (Ain’t Too Proud)
Ephraim Sykes (Ain’t Too Proud)

Meilleure actrice de soutien dans une comédie musicale
Lilli Cooper (Tootsie)
Amber Gray (Hadestown)
Sarah Stiles (Tootsie)
➼ Ali Stroker (Oklahoma!)
Mary Testa (Oklahoma!)

Meilleur acteur de soutien dans une pièce de théâtre
➼ Bertie Carvel (Ink)
Robin De Jesús (The Boys in the Band)
Gideon Glick (To Kill a Mockingbird)
Brandon Uranowitz (Burn This)
Benjamin Walker (All My Sons)

Meilleure actrice de soutien dans une pièce de théâtre
Fionnula Flanagan (The Ferryman)
➼ Celia Keenan-Bolger (To Kill a Mockingbird)
Kristine Nielsen (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)
Julie White (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)
Ruth Wilson (King Lear)

Meilleure musique d’une comédie musicale
Joe Iconis (Be More Chill)
Eddie Perfect (Beetlejuice)
➼ Anaïs Mitchell (Hadestown)
Chad Beguelin & Matthew Sklar (The Prom)
Adam Guettel (To Kill a Mockingbird)
David Yazbek (Tootsie)

Meilleur livret d’une comédie musicale
Dominique Morisseau (Ain’t Too Proud)
Scott Brown & Anthony King (Beetlejuice)
Anaïs Mitchell (Hadestown)
Chad Beguelin & Bob Martin (The Prom)
➼ Robert Horn (Tootsie)

Meilleure mise en scène dans une comédie musicale
➼ Rachel Chavkin (Hadestown)
Scott Ellis (Tootsie)
Daniel Fish (Oklahoma!)
Des McAnuff (Ain’t Too Proud)
Casey Nicholaw (The Prom)

Meilleure mise en scène dans une pièce de théâtre
Rupert Goold (Ink)
➼ Sam Mendes (The Ferryman)
Bartlett Sher (To Kill a Mockingbird)
Ivo van Hove (Network)
George C. Wolfe (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)

Meilleures chorégraphies
Camille A. Brown (Choir Boy)
➼ Warren Carlyle (Kiss Me, Kate)
Denis Jones (Tootsie)
David Neumann (Hadestown)
Sergio Trujillo (Ain’t Too Proud)

Meilleures orchestrations
Michael Chorney & Todd Sickafoose (Hadestown)
Simon Hale (Tootsie)
Larry Hochman (Kiss Me, Kate)
➼ Daniel Kluger (Oklahoma!)
Harold Wheeler (Ain’t Too Proud)

Meilleurs décors dans une comédie musicale
Robert Brill & Peter Nigrini (Ain’t Too Proud)
Peter England (King Kong)
Rachel Hauck (Hadestown)
Laura Jellinek (Oklahoma!)
➼ David Korins (Beetlejuice)

Meilleurs décors dans une pièce de théâtre
Miriam Buether (To Kill a Mockingbird)
Bunny Christie (Ink)
➼ Rob Howell (The Ferryman)
Santo Loquasto (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)
Jan Versweyveld (Network)

Meilleurs costumes dans une comédie musicale
Michael Krass (Hadestown)
William Ivey Long (Tootsie)
➼ William Ivey Long (Beetlejuice)
Bob Mackie (The Cher Show)
Paul Tazewell (Ain’t Too Proud)

Meilleurs costumes dans une pièce de théâtre
Rob Howell (The Ferryman)
Toni-Leslie James (Bernhardt/Hamlet)
Clint Ramos (Torch Song)
Ann Roth (To Kill a Mockingbird)
➼ Ann Roth (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)

Meilleurs éclairages dans une comédie musicale
Kevin Adams (The Cher Show)
Howell Binkley (Ain’t Too Proud)
➼ Bradley King (Hadestown)
Peter Mumford (King Kong)
Kenneth Posner & Peter Nigrini (Beetlejuice)

Meilleurs éclairages dans une pièce de théâtre
Neil Austin (Ink)
Jules Fisher and Peggy Eisenhauer (Gary: A Sequel to Titus Andronicus)
Peter Mumford (The Feryman)
Jennifer Tipton (To Kill a Mockingbird)
➼ Jan Versweyveld & Tal Yarden (Network)

Meilleure conception sonore dans une comédie musicale
Peter Hylenski (King Kong)
Peter Hylenski (Beetlejuice)
Steve Canyon Kennedy (Ain’t Too Proud)
Drew Levy (Oklahoma!)
➼ Nevin Steinberg & Jessica Paz (Hadestown)

Meilleure conception sonore dans une pièce de théâtre
Adam Cork (Ink)
Scott Lehrer (To Kill a Mockingbirg)
Fitz Patton (Choir Boy)
Nick Powell (The Ferryman)
➼ Eric Seichim (Network)

Tony-Awards

Rent Live : Du très bon et du très mauvais

Depuis 2013, le réseau NBC ramène une tradition américaine des années 60 où l’on présente des télédiffusions de comédies musicales populaires en direct. On n’installe pas de caméras dans un théâtre de Broadway pour simplement diffuser un spectacle. On recrée carrément une nouvelle production faite exclusivement pour la télévision.

Après avoir laissé NBC faire un boulot acceptable avec The Sound of Music (2013), Peter Pan (2014) et The Wiz (2015), le réseau FOX avait sauté dans l’arène en 2016 avec Grease Live, qui à mes yeux avait donné une leçon à NBC.

Avec Rent Live, FOX s’attaquait à un géant de la comédie musicale américaine, une œuvre culte et controversée de 1996 qui traite d’homosexualité, de drogue, de pauvreté et de sida. Un choix surprenant pour FOX, un réseau conservateur connu pour ses positions très à droite et pro Trump.

Dès l’ouverture de la télédiffusion, on nous a annoncé que Rent Live ne serait pas « live ». L’acteur qui joue Roger s’est fracturé le pied lors de la générale de la veille… Heureusement, cette dernière répétition avait été filmée devant public et c’est ce que FOX allait nous présenter. Au-delà de quelques pépins techniques qui s’expliquent par le fait que c’était une générale, je crois qu’il est possible d’émettre une critique sur la production au sens large. Après tout, FOX a jugé que la générale filmée valait mieux qu’une diffusion en direct avec un Roger en béquilles?! Personnellement, j’aurais préféré la seconde option. The show must go on!

Voici donc ma liste d’éléments positifs (les fleurs) et négatifs (le pot). On se lance?

Le pot :

  1. La première heure de la télédiffusion : l’absence de chimie entre les interprètes, le manque d’aplomb dans la chanson-titre et les problèmes vocaux de Mimi et Angel ont tous contribué au mauvais départ. Et que dire des étranges modifications de paroles? On nous promet une production qui rendra hommage à Jonathan Larson, compositeur de l’œuvre décédé il y a exactement 22 ans, mais on se permet de modifier ses textes… Bref, une première heure chaotique.
  2. Tout était trop propre : on parle ici d’une histoire qui se déroule dans les bas-fonds de New York des années 90. Roger ne peut pas avoir l’air d’un chanteur new-country qui sort d’un rendez-vous chez le coiffeur. C’est un ex-junkie qui n’a pas l’eau courante! Ça sentait trop le Purell tout ça!
  3. Une partie de la distribution : à mes yeux, Roger, Mark et Mimi n’étaient pas du tout à la hauteur. Les trois acteurs n’étaient tout simplement pas au niveau du reste de la distribution. Mimi se balançait entre deux émotions, Roger n’avait absolument rien d’un rocker et Mark avait l’air d’un enfant à travers la distribution composée d’adultes… Avait-il participé à un concours à son école secondaire qui lui donnait droit de jouer avec des adultes?

Les fleurs :

    1. La dernière heure de la télédiffusion : si la première heure a été difficile, la dernière heure est venue (presque) nous faire oublier ces faux pas. Le spectacle a finalement commencé à pendre son erre d’aller à partir de La Vie Bohème et on n’a plus jamais regardé en arrière (sauf pour «What You Own»,où l’absence de chimie entre Mark et Roger gâchait le numéro). L’équipe créative a complètement revu la façon d’interpréter « Seasons of Love » et à mes yeux, c’est le seul numéro de Rent Live qui surpasse le Rent original. Parlant de ça, la présence de la distribution originale lors de la finale était un très beau moment!
    2. La direction créative : Rent Live n’était pas une production télévisuelle comme les autres. Si NBC recréait des simili adaptations cinématographiques en direct, Fox avait innové en incluant du public dans certaines scènes de Grease Live. Avec Rent, ils ont tout simplement créé un événement-spectacle titanesque, sorte de production théâtrale sur les stéroïdes. Le metteur en scène original Michael Greif s’était réinventé avec la nouvelle production Off-Broadway de 2011 (que j’avais adorée!) et il répète cette autorévolution avec Rent Live. Et que dire de la scénographie? C’était grandiose, c’était recherché et c’était authentique, tout en donnant une nouvelle dimension à l’œuvre. La première étoile va définitivement au scénographe Jason Sherwood. Ce dernier a mis au point un gigantesque terrain de jeu scénique sur plusieurs paliers où les différents lieux cohabitent avec les estrades bondées de spectateurs. Rent est une œuvre culte et à travers les années, les différentes productions ont toujours laissé une grande place aux fans. L’absence totale du 4e mur entre les acteurs et les spectateurs (ni de 5e  6e et 7e mur, d’ailleurs) s’inscrit exactement dans cette éternelle volonté de ne faire qu’un avec les fans.
    3. L’autre partie de la distribution : Vanessa Hudgens avait surpris tout le monde avec sa superbe performance de Rizzo dans Grease Live et elle est revenue en force sous les traits de Maureen. Son casting avait surpris les gens puisqu’elle n’a rien d’une Idina Menzel, mais elle a donné un nouveau visage au rôle et c’était rafraîchissant. Si la première étoile va au scénographe, la seconde va sans aucun doute à Brandon Victor Dixon qui jouait Collins. Il y a une discipline et une solidité vocale qui vient avec une décennie d’expérience sur Broadway et c’est ce qu’il a démontré. Dixon surpassait le reste de la distribution, tant par sa voix que par son interprétation. Et que dire de son « I’ll Cover You Reprise » empreint de soul et d’émotions. Les acteurs qui campaient Joanne et Benny étaient eux aussi très bons, tout comme l’excellente Keala Settle, toujours aussi en voix, qui jouait une brochette de personnages.
    4. Des couples du même sexe se sont embrassés à heure de grande écoute : Ça semble anodin, mais Rent était un choix audacieux pour une télédiffusion en direct à la télévision nationale. Il n’y a absolument rien de choquant dans Rent, on s’entend. J’aimerais vraiment mieux ne pas avoir à soulever ce point, voulant dire que ce n’est pas un big deal. Mais… on parle ici des États-Unis, le pays qui a élu Trump. Et on parle de Fox, le réseau conservateur qui a probablement porté Trump au pouvoir. Et à heure de grande écoute, Angel et Collins, puis Joane et Maureen se sont embrassés en gros plan. Et c’était beau. Un petit french pour l’Homme, mais un grand french pour l’humanité!

Ça me réjouit de voir que des canaux majeurs comme NBC et FOX proposent de la comédie musicale à des heures de grande écoute. Mais, après sept diffusions en direct depuis 2013, une seule d’entre elles m’a réellement plus accroché (Grease, dont je ne suis pas particulièrement fan). Ces diffusions devraient permettre à de nouvelles personnes de découvrir le merveilleux monde de la comédie musicale. J’ai toujours dit qu’il y a des œuvres pour tous les goûts. Mais jusqu’à maintenant, ces télédiffusions nous ont soit remâché des pièces déjà connues et sans audace (The Sound of Music, Peter Pan, The Wiz), soit dilué dans le Purell des œuvres audacieuses et contemporaines (Rent, Jesus Christ Superstar). Ce n’est pas avec cette recette qu’on va rallier de nouveaux fans de comédies musicales! Pourquoi ne pas produire Rent tel qu’il est? Pourquoi essayer de rendre «propre» quelque chose qui ne l’est pas? On n’évacue pas de sang dans un film sur la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi évacuer le réalisme et la misère dans Rent?

Au final, je crois que cette diffusion avait du très bon et du très mauvais. Mais est-ce que le très bon rachetait le très mauvais? Je crois que oui. Rent Live est loin d’être parfait. Très loin. Mais j’ai passé un bon moment.

★★★/5

Rent : une œuvre historique?
Pour la première fois, j’ai l’impression qu’on nous présente Rent comme une œuvre historique. C’est un spectacle culte qui a marqué les esprits à sa sortie parce qu’elle traitait d’un sujet d’actualité dans les années 90 : la crise du sida. La production originale a tenu l’affiche sur Broadway pendant 12 ans. Lorsque le rideau est tombé en 2008, l’œuvre n’avait plus son côté contemporain et avant-gardiste des premiers jours. Même si le film de 2004 et la captation de 2008 sont intéressants, on ne ressent pas le côté « actuel » que la production originale pouvait avoir dans les années 90. Avec son esthétisme ancré dans son époque, j’avais souvent l’impression que Rent était une œuvre trop jeune pour être historique, mais trop vieille pour être actuelle. Selon moi, c’est l’une des raisons pourquoi le spectacle n’a pas connu de grands succès entre 2008 et aujourd’hui. Mais, avec sa diffusion d’hier sur les ondes de FOX, j’ai vraiment l’impression d’avoir vu passer Rent dans la catégorie des œuvres historiques. Le metteur en scène original Michael Greif a donné un second souffle à l’œuvre. On sent que pour la première fois, son équipe et lui ont voulu jeter un regard historique sur ce que raconte le spectacle. Si Rent Live ne passera pas à l’histoire pour la qualité de sa production, la télédiffusion d’hier aura au moins permis à l’opéra rock de Jonathan Larson de devenir une œuvre historique. À partir de maintenant, Rent peut être placée aux côtés de Les Misérables et Hamilton comme étant des œuvres contemporaines qui jettent un regard sur une époque du passé.

CRITIQUE : Hamilton sur Broadway

Si vous suivez mon blogue, c’est que vous êtes intéressé à la comédie musicale.
Si vous êtes intéressé à la comédie musicale, vous connaissez Hamilton.

Vous êtes l’exception qui confirme la règle? Bon, voici de quoi vous mettre en contexte : Hamilton est une comédie musicale parue en 2015 et créée par Lin-Manuel Miranda, le compositeur-parolier derrière In The Heights et le film Moana. L’œuvre raconte la vie d’Alexander Hamilton, un immigrant des Antilles qui a participé à la guerre d’indépendance américaine, pour ensuite devenir le bras droit de George Washington et créer le système économique américain tel qu’on le connaît aujourd’hui. Sur papier, ce n’est pas l’histoire la plus excitante, pas vrai? Là où Hamilton se démarque, c’est dans son traitement de la vie de celui qu’on retrouve sur le billet de 10$ américain. En effet, Miranda et son équipe ont décidé d’aborder l’histoire à la sauce hip hop.

Quand Hamilton parle, il rap. Quand la guerre fait rage à Yorktown, c’est en dansant sur des mouvements hip hop. Quand le héros de guerre Hercules Mulligan fait son apparition, c’est vêtu d’un habit d’époque, mais avec un du-rag sur la tête.

Pourquoi ces choix anachroniques? Parce que Miranda a tracé un parallèle clair et logique entre la vie d’Alexander Hamilton et celle des rappeurs américains : il est né dans un environnement pauvre et hostile, son ambition et sa plume l’ont sorti de la pauvreté, il était baveux et irrévérencieux, il a été pris dans le premier scandale sexuel américain et finalement, il est mort par balle dans un duel armé. Au-delà du politicien et du Père fondateur, il y a l’homme et son histoire extraordinaire qui s’est déroulée en marge de la naissance des États-Unis.

Ah, et si ce n’était pas encore assez, Miranda et son équipe ont décidé d’envoyer un puissant message en ne distribuant les rôles qu’à des interprètes de couleur. C’est donc dire que des figures emblématiques comme Washington, Madison, Jefferson, Lafayette et Burr sont interprétées par des Afro-Américains, des Latinos et des Asiatiques. Bref, l’Amérique d’aujourd’hui raconte l’Amérique d’hier!

Au-delà de son histoire, Hamilton est probablement la plus grande révolution de Broadway depuis A Chorus Line en 1975, alors que l’œuvre a remporté 11 Tony Awards, 7 Olivier Awards, 1 Grammy et le prestigieux Pulitzer Prize of Drama. Partout où Hamilton joue, des records de vente de billets sont battus et les critiques sont unanimement dithyrambiques. À peine trois ans après sa création, l’œuvre compte déjà cinq productions permanentes jouant en simultané en Amérique et en Europe, avec deux autres à Puerto Rico et Berlin qui devraient voir l’affiche en 2019. Du jamais vu!

Le vendredi 10 août dernier, j’ai donc eu la chance de m’asseoir au Richard Rodgers Theatre de New York et d’enfin assister à Hamilton, dont je suis les développements depuis qu’un jeune Lin-Manuel Miranda s’est présenté à une soirée de poésie à la Maison Blanche en 2009 pour interpréter un premier morceau de l’œuvre aux Obama et leurs invités.

Habituellement, dans mes critiques, j’analyse chaque aspect du spectacle, révélant nécessairement plusieurs informations sur la production. Pour Hamilton, je n’en ai pas envie. J’avais les attentes dans le plafond, je connaissais les chansons par cœur, j’avais vu toutes les vidéos inimaginables sur le sujet et malgré tout ça, le spectacle m’a jeté par terre. Lorsque vous verrez Hamilton (parce que vous devez voir Hamilton!), je veux que votre mâchoire se décroche et tombe au sol, comme la mienne que je peine à retrouver maintenant une semaine après avoir assisté au spectacle. Je veux que vous viviez le même choc que moi, et tout ça passe par le fait de se laisser surprendre par la mise en scène, les chorégraphies et les interprétations.

La seule chose que vous devez savoir, c’est que la comédie musicale Hamilton dépasse l’engouement titanesque qu’elle génère depuis sa première en 2015. Le hype est probablement le plus important de l’histoire de Broadway, et la production surpasse ce battage médiatique et cette popularité toujours grandissante qui va au-delà des limites du théâtre. Et je n’exagère pas.

Néanmoins, en l’absence d’une analyse formelle d’Hamilton, j’ai envie de vous parler de la distribution toutes étoiles qui donne vie à ce spectacle à raison de huit représentations par semaine au Richard Rodgers Theatre. Bien sûr, après trois années à l’affiche, il ne reste que les doublures Thayne Jasperson et Andrew Chappelle qui font encore partie de la distribution, couvrant à eux deux l’ensemble des rôles masculins.

Ryan Vasquez était la doublure qui campait le rôle-titre et a offert une performance sans faille. Il y a toujours une petite déception quand on reçoit son programme et qu’on y voit que l’interprète régulier n’est pas là et qu’une doublure le remplacera. Cette petite déception ne dure jamais longtemps, parce que nous sommes sur Broadway et qu’aucun producteur n’accepterait qu’une performance soit de moins bonne qualité en l’absence d’un acteur. Les doublures sont préparées et souvent, c’est une rare occasion pour eux de camper un rôle principal alors ils donnent tout. Et vendredi dernier, M. Vasquez a tout donné. Il a campé un Hamilton déterminé, charismatique et il avait l’air d’un poisson dans l’eau dans ce rôle immense qui ne quitte pratiquement jamais la scène. C’est le compositeur et parolier de l’œuvre, Lin-Manuel Miranda qui a créé le rôle d’Hamilton et c’est lui qui est l’image (et la voix) du personnage. En quelques secondes, Vasquez nous a complètement fait oublier Miranda, avec sa voix smooth et ses aptitudes de rap à la hauteur des attentes. Si Miranda se rapprochait en âge d’Hamilton à la fin de l’histoire (43 ans), Vasquez se rapproche en âge du Hamilton du début du spectacle (19 ans). Il est tout à fait crédible en fin de spectacle, mais on sent qu’il a une fougue et un aplomb quand il joue le jeune Hamilton. Dans la production originale, c’est le rôle d’Aaron Burr qui retenait l’attention et Leslie Odom, Jr avait battu Lin-Manuel Miranda pour le Tony du meilleur acteur principal. Dans la distribution actuelle, c’est Hamilton qui trône et personne ne lui arrive à la cheville. Daniel Breaker était touchant et extrêmement compétent dans le rôle de Burr, mais c’est Vasquez qui retenait vraiment l’attention. Son petit côté baveux qu’on ne décèle pas nécessairement sur la trame sonore prend tout son sens sur scène, ce qui nous fait comprendre davantage la dualité et la confrontation entre Hamilton et Burr. Dans des scènes plus émotives comme ”It’s Quiet Uptown”, Vasquez était extrêmement touchant, teintant sa voix de sanglots retenus, un accomplissement que peu de membres du public a réussi. Bref, si l’acteur régulier Michael Luwoye en venait à quitter le spectacle, les producteurs d’Hamilton n’auraient pas à chercher bien loin pour son remplacement. Ryan Vasquez est leur homme!

L’autre doublure principale de cette représentation était Jennie Harney, qui venait en renfort de Mandy Gonzalez dans le rôle d’Angeliga Schuyler. La jeune actrice était en mission pour nous faire oublier Renée Elise Goldsberry (distribution originale) et elle a vite réussi. Je ne sais pas si Harney joue souvent l’aînée des sœurs Schuyler, mais elle a tout donné avec sa puissante voix, modifiant certains passages pour aller chercher de nouveaux sommets. À l’instar de Vasquez, elle a surpris la foule en donnant une performance parfaite.

James Monroe Iglehart n’a pas besoin d’introduction sur la planète Broadway, ayant marqué les esprits dans Memphis, avant de remporter un Tony Award sous les traits du Génie dans Aladdin. Iglehart avait participé à de nombreux laboratoires et lectures d’Hamilton, mais n’avait pas pu faire partie de la distribution originale. Quand on avait annoncé qu’il allait reprendre le flambeau du rôle double de Lafayette et Jefferson, j’étais emballé et je me disais qu’il était le candidat tout indiqué pour succéder à Daveed Diggs, qui volait le show soir après soir. Dans le premier acte, Iglehart était un peu décevant en Marquis de Lafayette. Dans le deuxième acte, c’était une tout autre histoire, alors qu’il était magistral dans le rôle de Thomas Jefferson. Là où Daveed Diggs rappait à une vitesse folle sous les traits de Lafayette, Iglehart ne peut suivre… Par contre, là où Diggs sonnait comme rappeur qui s’en tire bien en chant sous les traits de Jefferson, Iglehart amène un soul dans ses performances vocales qui vient ajouter beaucoup aux chansons jazz du 3e Président des États-Unis. Au-delà de ses performances vocales, ce dernier était très juste dans son jeu, à la fois charismatique et haïssable.

Lexi Lawson campe Eliza Schuyler, la femme d’Hamilton, avec justesse, fragilité et émotions. Elle semblait ménager sa voix, ce qui ajoutait de l’émotion aux passages doux, mais qui manquait d’aplomb dans les moments où elle tient tête à Hamilton. Dans ces scènes, nous sommes supposés ressentir la force de cette femme dont l’impact historique est indéniable.

Bryan Terrell Clark est un George Washington imposant et juste, mais qui lui aussi semblait ménager sa voix. J’ai adoré son jeu d’acteur, mais je ne pouvais m’empêcher de comparer sa voix à celle de Christopher Jackson, l’acteur original, au grand dam de Clark… Ce dernier est un baryton dont la voix puissante fait trembler les murs dans les passages graves de la partition. Par contre, Washington est un rôle ténor aux sonorités soul et c’est dans les nombreux passages aigus que Clark n’était pas à l’aise.

Anthony Lee Medina est déterminé dans le rôle du révolutionnaire John Laurens, puis touchant au moment de camper Philip Hamilton. Wallace Smith, pour sa part, est probablement celui qui est le plus méconnaissable d’un acte à l’autre, alors qu’il joue un Hercules Mulligan baveux et bruyant, puis un James Madison introverti et fragile.

Neil Haskell m’a laissé de glace lors de sa première apparition sous les traits de King George III, mais m’a vite fait oublié ce premier faux pas lors de ses deux autres hilarantes apparitions. Le monarque britannique est sur scène pendant environ huit minutes, mais marque les esprits par son humour indéniable. Pour vous faire comprendre à quel point le rôle est hilarant, Michael Jibson a remporté le prestigieux Olivier Awards du meilleur acteur de soutien pour ses huit minutes sur scènes, devant ses compatriotes Jason Pennycooke (Lafayette/Jefferson) et Cleve September (Laurens/Philip Hamilton), qui doivent chacun passer au moins 120 minutes sur scène. C’est peu dire!

L’ensemble, pour sa part, est omniprésent et tout simplement parfait. À eux 10, ils donnent vie à une vingtaine de personnages et d’accessoires (une balle de fusil, notamment). J’ai particulièrement apprécié le fait que chacun d’un d’eux ait son petit moment de gloire dans le spectacle, que ce soit en jouant un personnage historique, en chantant un court solo ou en nous en mettant plein la vue en danse.

Quand un spectacle a du succès (et Dieu sait qu’Hamilton en a), le défi est de trouver des interprètes talentueux qui amèneront les rôles ailleurs et qui ultimement, feront oublier la distribution originale. Certaines productions misent sur des gros noms pour faire vendre des billets. C’est le cas présentement de Waitress et de Kinky Boots qui peinent à remplir leur salle lorsqu’il n’y a pas de vedette d’American Idol dans leurs rangs. Pour une production comme Hamilton, ce n’est pas une question d’argent. Le show ferait salle comble même si c’était moi qui jouait Eliza Schuyler… Par contre, le directeur de casting veut s’assurer d’avoir des interprètes qui seront à la hauteur de l’engouement de la production. Les gens achètes leur billet pour Hamilton 12 à 18 mois d’avance et certains paient jusqu’à 5 000$ pour leur siège. La trame sonore a été écoulée à plus de 3 millions d’exemplaires et les interprètes de la distribution originale sont devenus des vedettes du jour au lendemain. Quand les gens s’assoient dans le Richard Rodgers Theatre, ils s’attendent à rien de moins que d’entendre Lin-Manuel Miranda, Lesli Odom, Jr, Philippa Soo et tous les autres. Il faut donc surprendre le public et leur faire oublier les acteurs originaux. Avec la distribution new-yorkaise actuelle, je crois que le directeur de casting peut dire mission accomplie. Ce n’est pas parfait, mais c’est très très bien!

J’ai promis de ne pas analyser Hamilton afin de vous garder le plus de surprises possible. Je vais respecter cette difficile décision, mais je vais simplement lever mon chapeau virtuel à Thomas Kail, l’excellent metteur en scène de l’œuvre. L’auteur-compositeur Lin-Manuel Miranda reçoit énormément de crédit pour Hamilton (et avec raison), mais Kail a fait un boulot exceptionnel. Miranda a révolutionné Broadway avec ce qu’il a fait sur papier, mais c’est Kail qui avait la tâche de matérialiser cette œuvre titanesque sur scène et on peut dire mission accomplie. La chanson ”Satisfied” et le duel final entre Hamilton et Burr sont probablement les deux raisons principales qui ont forcé le jury des Tony Awards à lui remettre la statuette de la meilleure mise en scène. Avec mon humble expérience de metteur en scène, j’essaie de m’imaginer comment ces scènes ont été créées et je saigne un peu du nez… De véritables casse-têtes dont le résultat est tout simplement magistral.

Hamilton est une œuvre qui marque déjà l’histoire, mais son impact va au-delà du domaine théâtral. Avant le spectacle, j’étais aux toilettes et j’entendais un garçon d’environ 10 ans dire à son père à quel point il avait hâte d’entendre Lafayette rapper dans la chanson ”The Battle of Yorktown”. Sans Hamilton, est-ce que cet enfant du primaire aurait un quelconque intérêt pour la bataille de Yorktown, pourtant déterminante dans l’histoire de l’indépendance américaine? Saurait-il qui est le Marquis de Lafayette et quelle a été son importance dans la guerre d’indépendance?

Hamilton est un cours d’histoire à vitesse grand V qui nous divertit, nous touche, nous charme, nous impressionne et nous marque, tout ça dans le désordre et souvent dans un très court laps de temps. L’impact d’Hamilton dans l’histoire du théâtre est déjà immense, à l’instar de l’homme qu’était Alexander Hamilton. Ce Père fondateur autrefois oublié a eu un impact immense sur les États-Unis d’aujourd’hui et maintenant, grâce à une œuvre théâtrale, son histoire continuera de se propager pour les décennies à venir au Richard Rodgers Theatre de Broadway.

 

★★★★★/5

CRITIQUE : Moulin Rouge! à Boston

Je n’ai pas aimé le film Moulin Rouge.
Je ne suis pas un fan de musique pop.
Je déteste quand une comédie musicale abuse de clichés.
Je trouve que les jukebox musicals manquent toujours de profondeur dramatique.

L’adaptation théâtrale de Moulin Rouge! est un flamboyant mélange de tout ça, et malgré mes réticences, je dois l’avouer : le 28 juillet 2018, j’ai passé l’un des meilleurs moments de ma vie au théâtre.

Cette extravagante production tient l’affiche du Colonial Theatre de Boston, une salle renommée pour préparer de nouvelles œuvres en vue de Broadway. Oklahoma! y a fait ses débuts sous le nom Away We Go en 1943, tout comme les œuvres classiques Anything Goes (1934), Porgy and Bess (1935), Carousel (1945), Follies (1971), A Little Night Music (1973) et La Cage Aux Folles (1983). Véritable incubateur à succès, le Colonial pourra bientôt ajouter Moulin Rouge! à sa liste de succès de Broadway ayant fait leurs premiers pas en ses murs.

L’adaptation du film de 2001 réalisé par Baz Luhrmann est signée par l’auteur John Logan et le metteur en scène Alex Timbers. S’ils ont réinventé l’œuvre pour la porter sur scène, ceux-ci ont tout de même conservé les trois paramètres principaux du film : une histoire comédico-tragique inspirée du célèbre Moulin Rouge à Paris, une signature visuelle flamboyante et l’utilisation de succès musicaux pop contemporains. Par contre, plutôt que de simplement transposer le film à la scène, comme un trop grand nombre de comédies musicales récentes, Logan et Timbers ont créé une œuvre à part entière qui vit d’elle-même et qui saura plaire aux amateurs du film, tout comme à ceux comme moi qui n’avaient pas particulièrement apprécié. Là est la différence entre transposer et adapter à la scène. Ce n’est pas parce qu’une histoire et une signature visuelle fonctionnent à l’écran qu’elle vivra bien sur scène! Si des transpositions comme Leap of Faith, Anastasia ou Mean Girls n’ont pas remporté de Tony Awards, des adaptations créativement fortes comme The Lion King, Billy Elliot et Once en ont remporté un total de 24. À mes yeux, Moulin Rouge! se range définitivement dans cette deuxième catégorie.

Je parlais plus tôt de jukebox musicals… Ce terme ne vous dit rien? On définit ces types de comédies musicales par le fait qu’ils utilisent des chansons populaires déjà existantes pour raconter une histoire fictive. Attention, je ne parle pas ici d’œuvres biographiques, comme Beautiful qui utilise le catalogue musical de Carole King parce que l’histoire raconte la vraie vie de Carole King. L’exemple que tout le monde connaît est Mamma Mia!, qui emprunte la musique d’Abba pour raconter une histoire fictive qui n’a aucun lien avec le célèbre groupe suédois. Dans les deux dernières décennies, un grand nombre d’œuvres du genre a vu le jour et malgré plusieurs succès commerciaux, la critique et les prix n’ont jamais été au rendez-vous. La raison est assez simple : les jukebox musicals sont habituellement pauvres dramatiquement parlant. Cela s’explique parce que le choix d’un catalogue musical précis restreint les choix dramaturgiques.

Dans la création d’une nouvelle comédie musicale, si on a besoin d’un morceau
musical pour que le protagoniste raconte son enfance difficile, on composera
une chanson. Dans un jukebox musical, on doit piger dans le catalogue de
l’artiste pour trouver un morceau qui colle le mieux possible à la
situation dramatique…

Dans la création d’une comédie musicale originale, si en cours de route une
chanson n’a plus de place dans l’histoire, on la coupe. Dans un jukebox musical,
on n’a pas cette liberté parce qu’on doit impérativement utiliser les succès que
le public est venu entendre. Imaginez si « Dancing Queen » n’était pas dans
Mamma Mia!, ou si « Somebody to Love » n’était pas dans We Will Rock You,
qui utilisait le catalogue de Queen.

Moulin Rouge! réinvente complètement le jukebox musical. En utilisant la technique du film qui est de piger dans le catalogue complet de l’histoire de la musique (et de n’utiliser que des parties de chansons), la musique est aussi dramatiquement cohérente que si l’on avait composé des chansons pour l’œuvre.

Avec la nouvelle comédie musicale, vous entendrez certains morceaux du film, mais vous découvrirez surtout des medleys et des mash-ups plus éclectiques et intelligents que jamais! Il n’y a que dans Moulin Rouge! qu’on peut entendre se succéder des pièces de Rick Astley, Paula Cole, La Mélodie du Bonheur, The Police, Lorde et Fun dans une même scène, le tout dans la plus cohérente et naturelle des façons. J’en profite pour souligner un magnifique passage dans la première partie où le personnage de Toulouse-Lautrec enchaîne quatre morceaux d’Édith Piaf, pour lesquels de nouvelles paroles anglophones ont été écrites. Toujours pas convaincu? Et si je vous disais que vous entendrez des extraits de Katy Perry, The Rolling Stones, Outkast, Beyoncé, Walk the Moon, Rihanna, Britney Spears et The White Stripes ? Bien sûr, pour les fans du film, vous retrouverez les classiques « Lady Marmalade », « Come What May » et « Elephant Love Medley », ce dernier ayant été complètement réinventé avec une dizaine d’extraits supplémentaires.

Il est possible de trouver la liste complète des chansons de l’œuvre sur Internet, mais comme pour le film en 2001, je vous recommande de ne pas la consulter. Comme lors de la première écoute du film, laissez-vous surprendre! Il n’y a rien comme entendre une chanson de Sia faire complètement du sens dans a bouche d’un personnage historique de 1900 comme Henri Toulouse-Lautrec. À plusieurs moments dans le spectacle, la foule réagit pour la simple et bonne raison qu’elle est agréablement surprise d’entendre telle ou telle chanson se glisser dans la trame sonore. J’ai bien aimé qu’aucune liste des pièces musicales ne soit intégrée dans le programme, comme c’est habituellement le cas pour les comédies musicales.

Au-delà de la trame sonore, l’histoire générale du film fonctionne très bien sur scène. Il faut l’avouer, celle-ci avance extrêmement lentement. Les numéros impressionnants nous coupent le soufflent, mais au-delà de tout ça, l’histoire progresse à pas de tortue. Une simple scène qui durerait habituellement trois minutes au théâtre en prend quinze, puisqu’on ensorcelle le public avec des chorégraphies acrobatiques et des succès accrocheurs. Par contre, j’ai de la difficulté à dire que cette lenteur est un défaut de l’œuvre, puisqu’il n’y a pas de longueurs. Dans les 170 minutes que durent Moulin Rouge!, l’idée de regarder ma montre ne m’est jamais passée par la tête. Puisque l’histoire se développe lentement, on peut pleinement profiter des impressionnants numéros, sans avoir l’impression de perdre le fil de l’histoire. Par contre, sachez que si une œuvre comme Hamilton avait été racontée au même rythme dramaturgique que Moulin Rouge!, la comédie musicale aurait probablement duré plus de 10 heures…

La mise en scène d’Alex Timbers est extrêmement efficace, alors que celui-ci met tous les éléments en place afin que le travail de ses collaborateurs (chorégraphe, scénographe et concepteurs d’éclairages) brillent de mille feux. Moulin Rouge! baigne dans l’extravagance, le cucu et le kitsch. Tout est assumé à 100%. On ne se prend pas pour autre chose que ce que l’on est : une comédie musicale colorée qui porte sur l’un des bars les plus spectaculaires du monde. En fait, je crois même que Timbers a voulu créer un spectacle qui pourrait très bien figurer à la programmation du vrai Moulin Rouge, où les spectacles de burlesque sont la tradition. Celui qui est connu pour créer des œuvres riches, dramatiques et intellectuelles a approché l’œuvre en faisant un 180 degrés avec ce qu’on connaît de lui, amenant tout de même son œil artistique aiguisé pour créer un spectacle cohérent. Le metteur en scène a sauté à pieds joints dans l’univers créé par Baz Luhrmann et le résultat est époustouflant. Le seul et unique objectif est de divertir, et ça fonctionne! La deuxième partie est dramatique par moment, mais on ne passe pas 60 minutes à tourner le fer dans la plaie. On entrecoupe les scènes dramatiques par des numéros dynamiques qui empêchent l’œuvre de subir le sort d’une grande majorité de comédies musicales : un deuxième acte faible.

Parlant du deuxième acte, j’ai beaucoup apprécié la façon de terminer le spectacle. Si vous ne voulez rien savoir, passez au paragraphe suivant! Comme on le sait, l’histoire se termine mal. L’équipe de création avait deux options : terminer cet extravagant spectacle sur une scène triste et silencieuse, ou créer un faux happy ending et ramener l’ensemble pour chanter une chanson entraînante malgré la morosité de la fin (une tactique malheureusement prise dans plusieurs comédies musicales). L’équipe a choisi une troisième option : laisser l’histoire se terminer comme il se le doit, fermer les lumières, laisser le public pleurer dans le silence du théâtre l’instant de quelques secondes, puis ramener l’énergie du Moulin Rouge pour un dernier numéro à la hauteur du reste du spectacle. La coupure est marquée, si bien qu’on ne se demande pas pourquoi l’antagoniste (The Duke) danse aux côtés du reste de la distribution. Ce n’est plus les personnages qui sont sur scène, mais les acteurs et actrices eux-mêmes, qui remercient le public de s’être déplacé en leur donnant un dernier effort. Encore une fois, on perçoit le génie de Timbers derrière l’extravagance de l’œuvre.

Le metteur en scène et son équipe ont réuni une distribution toutes étoiles qui fait rougir certaines productions qui tiennent présentement l’affiche sur Broadway. Aux devants, l’excellente Karen Olivo, que l’on a notamment vu dans In The Heights, West Side Story (Tony de la meilleure actrice de soutien) et Hamilton, joue une Satine crédible, réfléchie et sensuelle. Sa puissante voix donne un aplomb au personnage, ce qui manquait un peu à Nicole Kidman dans le film. À ses côtés, Aaron Tveit n’est pas en reste alors qu’il campe avec force le réel protagoniste de cette histoire, Christian. Côté voix, quiconque connaît un peu l’univers de la comédie musicale sait que Tveit a l’une des meilleures de l’industrie, preuves à l’appui dans Next to Normal, Catch Me If You Can et le film Les Misérables. L’acteur au registre vocal interminable passe le plus clair du spectacle à chanter des hymnes connus et nous fait oublier qui était l’interprète original. Dans « Roxanne » de The Police, Tveit amène sa voix à un niveau que l’on n’avait jamais entendu, alors qu’il frôle les limites de son registre vocal et donne une performance tout en puissance. De la voix, on a toujours su qu’il en avait. Par contre, c’est dans son interprétation que Tveit m’a impressionné. Il joue un Christian posé, nuancé et intelligent, ajoutant une deuxième et une troisième couche à un personnage un peu trop « jeune premier » dans le film, sous les traits d’Ewan McGregor.

Derrière Olivo et Tveit se trouvent des personnages secondaires forts interprétés par Danny Burnstein (Harold Zidler), Sahr Ngaujah (Toulouse-Lautrec), Ricky Rojas (Santiago) et Tam Mutu (The Duke). Ce quatuor d’interprètes amène un vent d’expérience dans cette distribution alors qu’ils sont tous des vétérans des planches qui ont tenu des rôles principaux sur les plus grandes scènes du monde. Burnstein, qui a été nominé à six reprises aux Tony Awards, est mon coup de cœur de la distribution, alors qu’il marque les esprits à chacune de ses apparitions, servant tantôt de narrateur, tantôt de comic relief et tantôt de confident pour Satine. Les 25 chanteurs-danseurs de l’ensemble viennent supporter la distribution principale en jouant une pléiade de personnages omniprésents qui s’animent et amènent un dynamisme nécessaire au spectacle, à grands coups de chorégraphies athlétiques et acrobatiques.

Avant même que le spectacle commence, c’est le décor qui coupe le souffle du public à son entrée dans la salle. Le Moulin Rouge est un monstre sacré du divertissement et la scène du Colonial Theatre à elle seule ne pouvait pas le contenir, si bien que les éléments scéniques débordent et prennent vie un peu partout dans la salle. J’adore quand les créateurs ne se contentent pas de créer l’univers du spectacle sur scène, mais plutôt partout dans le théâtre. Ça aide nécessairement le public à s’immerger dans l’œuvre. La scénographie de Derek McLane est aussi imposante que magnifique. Plutôt que d’abuser de projections vidéo pour imager les divers lieux de l’histoire (comme c’est trop le cas dans les comédies musicales récentes), McLane utilise une technique théâtrale vieille comme le monde : les panneaux qui montent et descendent du plafond du théâtre. Cette technique qui remonte probablement à l’époque de la fondation du vrai Moulin Rouge ajoute un réalisme à l’œuvre et permet de transformer la scène du Colonial. À de nombreux moments, on voit le décor prendre vie et on ne peut faire autrement que d’être impressionné par l’ingéniosité de McLane pour illustrer les multiples lieux où se déroule l’histoire. À l’image de l’œuvre qui fusionne passé et présent, le décor réaliste est jonché de stroboscopes et de lumières aux LED qui viennent donner des allures de spectacle rock aux numéros musicaux colorés. Les costumes de Catherine Zuber, pour leur part, sont fidèles à l’époque, alors que les robes de french cancan cohabitent avec des déshabillés sexy qui rappellent le vidéoclip « Lady Marmalade » de Christina Aguilera, Lil’ Kim, Mýa, et Pink.

À voir le décor titanesque, les costumes extravagants et la distribution toutes étoiles, il n’y a pas de doute que le budget de l’œuvre est immense. Ajoutez à cela les droits d’auteur à payer pour la centaine de chansons utilisées et je suis prêt à parier que l’on fait face à l’un des budgets les plus faramineux de Broadway. On ne le connaît pas pour le moment, mais je suis prêt à parier que lorsque ce montant sera rendu public à l’arrivée du spectacle à New York, la production ira se hisser à travers les productions les plus chères de l’histoire, aux côtés de Spider-Man (79M$) et Shrek (28M$). Souhaitons que Moulin Rouge! ne subisse pas le même sort que ces deux œuvres, qui ont toutes deux étés des flops…

Maintenant que la production a ouvert ses portes et que la billetterie affiche complète, la question est donc de savoir quand Moulin Rouge! fera sa grande rentrée new-yorkaise. Depuis le début, la production de Boston s’affiche comme étant la « Pre-Broadway World Premiere », même si aucune information officielle n’a été dévoilée à propos d’un éventuel transfert dans la Grosse Pomme. Habituellement, quand une production de rodage utilise le terme « Broadway » dans sa campagne de promotion, c’est qu’un théâtre est déjà réservé et que la date d’ouverture est connue. Or, pour Moulin Rouge!, rien n’a encore été annoncé. Karen Olivo tient le rôle principal de Fun Home en novembre à Madison au Wisconsin, Aaron Tveit a déjà quelques dates de concert annoncées cet automne et Alex Timbers signe la mise en scène de l’adaptation théâtrale du long-métrage Beetlejuice en octobre à Washington, DC. Les trois piliers de Moulin Rouge! sont donc très occupés dans les mois à venir, ce qui porte à croire que l’œuvre ne migrera pas à New York directement après Boston. Ma prédiction : les créateurs de l’œuvre prendront l’automne pour retravailler l’œuvre et prépareront une grande première sur Broadway au printemps, juste à temps pour les Tony Awards 2019. À suivre!

Peu importe la date d’arrivée, je suis convaincu que l’œuvre attirera les foules et que contrairement aux autres jukebox musicals, les critiques et galas seront favorables à l’œuvre.

En allant à Boston, j’étais convaincu que j’allais passer un bon moment en assistant à Moulin Rouge!, mais j’étais aussi convaincu que le spectacle aurait de grandes lacunes. Je m’en allais assister à une avant-première d’une production de rodage. On est encore loin de Broadway! Plusieurs grands classiques de la comédie musicale étaient des pertes quasi totales avant d’être retravaillés et d’ouvrir à New York. C’est normal. C’est avec cela en tête que je suis allé à Boston. En voulant voir les premiers balbutiements de l’une des comédies musicales les plus attendues des dernières années.

Ce que j’ai eu la chance de voir, ce n’est pas une perte quasi totale. Loin de là!
Oui, l’histoire se développe lentement.
Oui, on nage en plein dans le cucu et le kitsch.
Oui, on abuse des projections en cœur.
Oui, quelques scènes mériteraient d’être resserrées.
Oui, la roue n’est pas réinventée.
Je pourrais trouver cent raisons pour essayer de me convaincre que je n’ai pas aimé Moulin Rouge!
Mais le théâtre, c’est un divertissement et pendant trois heures, j’ai été diverti. Vraiment.

★★★★/5

 

**Mise à jour : Le 19 novembre, il a été annoncé que Moulin Rouge! ferait ses début sur Broadway le 28 juin 2019 au Al Hirschfeld Theatre avec la même distribution que Boston.

Mes prédictions : Tony Awards 2018

À l’écriture de ces lignes, je me rends compte que l’édition 2018 sera mes onzièmes Tony Awards! C’est en juin 2007 que j’ai officiellement eu la piqûre. Stéphane Prémont, mon enseignant d’anglais de secondaire 4, avait réussi à me convaincre d’auditionner pour sa prochaine comédie musicale scolaire, Cats. J’avais fait les auditions sans trop savoir à quoi m’attendre, j’avais obtenu l’un des rôles principaux (un chat appelé Munkustrap) et je me lançais là-dedans sans trop savoir où ça allait mener.

Début du mois de juin de la même année, je discute avec Stéphane et il me parle des Tony Awards.
« Les Tony quoi? ».
« Les Tony Awards! Les Oscars de Broadway! »

Le 10 juin 2007, je syntonise CBS et ma vie bascule. Littéralement. Cats avait été mon introduction à la comédie musicale, mais je ne peux pas dire que cette oeuvre étrange mettant en scène des chats qui chantent et dansent m’avait convaincu que Broadway était la 8e merveille du monde. Par contre, ce soir de juin, j’ai vu le meilleur de ce que Broadway pouvait offrir. Mes idées préconçues étaient fracassées!

En l’espace de quelques minutes, Audra McDonald et John Cullum entonnaient un air de 110 in the Shade, Raul Esparza me faisait découvrir le monument qu’est Stephen Sondheim avec son interprétation spectaculaire de ce qui est encore aujourd’hui ma chanson préférée (« Being Alive » de Company) et finalement, la troupe originale de Spring Awakening envoyait chier la planète au grand complet avec un medley de « Bitch of a Living » et « Totally Fucked ». J’avais la gueule à terre. Littéralement.

Tout ça pour dire qu’il y a onze ans, la combinaison Stéphane Prémont/Tony Awards 2007 me donnait la piqûre de la comédie musicale.

L’édition du 10 juin 2018 sera particulière! Tous les experts s’entendent, c’est une année relativement faible en frais de nouvelles comédies musicales*. Les productions qui partent en tête de peloton (Mean GirlsSpongeBob SquarePants et The Band’s Visit) sont de bons divertissements, mais ne passeront pas à l’histoire. Si ces oeuvres avaient été en compétition dans les années précédentes, je doute qu’elles auraient récolté ne serait-ce que quelques nominations. Par contre, les Tonys ont toujours quelque chose de magique et avec le duo Sara Bareilles-Josh Groban à l’animation, je suis convaincu qu’on** aura un excellent spectacle!

*Quand des pièces de théâtre viennent s’immiscer dans des catégories de comédies musicales, c’est un bon indicateur du niveau de qualité et de profondeur (Angels in America pour le prix de la Meilleure trame sonore et Harry Potter pour le prix des Meilleures chorégraphies…)
**«On» exclut la personne qui parle… Et oui, pour la première fois en 11 ans, je ne pourrai pas écouter les Tony Awards. Je serai en Californie pour le travail. Y’a pire comme empêchement! Merci à Twitter qui me permettra tout de même de suivre le gala en direct.

Mes prédictions
Habituellement, les précédents galas sont de bons indicateurs pour les Tony Awards. Les productions qui remportent des prix aux Outer Critics Circle Awards et aux Drama Desk Awards sont souvent récompensées lors des Tony Awards. Pour la troisième année consécutive, cet indicateur ne peut nous aider puisque la comédie musicale qui est favorite (Hamilton en 2016, Dear Evan Hansen en en 2017 et The Band’s Visit en 2018) n’était pas éligible aux autres galas. En effet, puisque ces pièces ont joué dans un théâtre de catégorie Off-Broadway lors de la saison théâtrale précédente, elles n’étaient pas éligibles cette année (il n’y a que les Tony Awards qui récompensent uniquement les productions de catégorie Broadway). C’est donc un défi supplémentaire qui attend les freaks comme moi qui font des prédictions!

UPDATE : Très fier d’avoir obtenu un résultat de 18/24 pour mes prédictions. Quel triomphe de The Band’s Visit avec 9 statuettes!

➨ = Prédiction
★ = Gagnant(e)

Meilleure comédie musicale
★➨The Band’s Visit
Mean Girls
Frozen
SpongeBob SquarePants

Meilleure pièce de théâtre
★➨Harry Potter and the Cursed Child
Farinelli and the King
The Children
Junk
Latin History for Morons

Meilleure reprise d’une comédie musicale
Carousel
My Fair Lady
Once On This Island

Meilleure reprise d’une pièce de théâtre
★➨Angels in America
Three Tall Women
The Iceman Cometh
Lobby Hero
Travesties

Meilleur acteur dans une comédie musicale
Harry Hadden-Paton (My Fair Lady)
Joshua Henry (Carousel)
★Tony Shaloub (The Band’s Visit)
➨Ethan Slater (SpongeBob SquarePants)

Meilleure actrice dans une comédie musicale
Lauren Ambrose (My Fair Lady)
Hailey Kilgore (Once On This Island)
LaChanze (Summer)
★➨Katrina Lenk (The Band’s Visit)
Taylor Louderman (Mean Girls)
Jessie Mueller (Carousel)

Meilleur acteur dans une pièce de théâtre
★➨Andrew Garfield (Angels in America)
Tom Hollander (Travesties)
Jamie Parker (Harry Potter and the Cursed Child)
Mark Rylance (Farinelli and the King)
Denzel Washington (The Iceman Cometh)

Meilleure actrice dans une pièce de théâtre
★➨Glenda Jackson (Three Tall Women)
Condola Rashad (Saint Joan)
Lauren Ridloff (Children of a Lesser God)
Amy Schumer (Meteor Shower)

Meilleur acteur de soutien dans une comédie musicale
➨Norbert Leo Butz (My Fair Lady)
Alexander Gemignani (Carousel)
Grey Henson (Mean Girls)
Gavin Lee (SpongeBob SquarePants)
★Ari’el Stachel (The Band’s Visit)

Meilleure actrice de soutien dans une comédie musicale
Ariane DeBose (Summer)
Renée Fleming (Carousel)
★➨Lindsay Mendez (Carousel)
Ashley Park (Mean Girls)
Diana Rigg (My Fair Lady)

Meilleur acteur de soutien dans une pièce de théâtre
Anthony Boyle (Harry Potter and the Cursed Child)
Michael Cera (Lobby Hero)
Brian Tyree Henry (Lobby Hero)
★➨Nathan Lane (Angels in America)
David Morse (The Iceman Cometh)

Meilleure actrice de soutien dans une pièce de théâtre
Susan Brown (Angels in America)
Noma Dumezweni (Harry Potter and the Cursed Child)
Deborah Findlay (The Children)
➨Denise Gough (Angels in America)
★Laurie Metcalf (Three Tall Women)

Meilleure musique d’une comédie musicale
Adrian Sutton (Angels in America)
★➨David Yazbeck (The Band’s Visit)
Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez (Frozen)
Jeff Richmond et Nell Benjamin (Mean Girls)
17 compositeurs, dont Steven Tyler, Sara Bareilles, Lady Antebellum, Cyndi Lauper, John Legend, et T.I. (SpongeBob Square Pants)

Meilleur livret d’une comédie musicale
Jennifer Lee (Frozen)
➨Tina Fey (Mean Girls)
Kyle Jarrow (SpongeBob SquarePants)
★Itamar Moses (The Band’s Visit)

Meilleure mise en scène dans une comédie musicale
Michael Arden (Once On This Island)
★➨David Cromer (The Band’s Visit)
Tina Landau (SpongeBob Square Pants)
Casey Nicholaw (Mean Girls)
Bartlett Sher (My Fair Lady)

Meilleure mise en scène dans une pièce de théâtre
Marianne Elliott (Angels in America)
Joe Mantello (Three Tall Women)
Patrick Marber (Travesties)
★➨John Tiffany (Harry Potter and the Cursed Child)
George C. Wolfe (The Iceman Cometh)

Meilleures chorégraphies
Christopher Gattelli (My Fair Lady)
Christopher Gattelli (SpongeBob Square Pants)
Steven Hoggett (Harry Potter and the Cursed Child)
Casey Nicholaw (Mean Girls)
★➨Justin Peck (Carousel)

Meilleures orchestrations
John Clancy (Mean Girls)
Tom Kitt (SpongeBob Square Pants)
Annmarie Milazzo et Michael Starobin (Once On This Island)
★Jamshied Sharifi (The Band’s Visit)
➨Jonathan Tunick (Carousel)

Meilleurs costumes dans une comédie musicale
Gregg Barnes (Mean Girls)
Clint Ramos (Once On This Island)
Ann Roth (Carousel)
David Zinn (SpongeBob SquarePants)
★Catherine Zuber (My Fair Lady)

Meilleurs costumes dans une pièce de théâtre
Jonathan Fensom (Farinelli and the King)
Nicky Gillibrand (Angels in America)
★➨Katrina Lindsay (Harry Potter and the Cursed Child)
Ann Roth (Three Tall Women)
Ann Roth (The Iceman Cometh)

Meilleurs décors dans une comédie musicale
Dana Laffrey (Once On This Island)
Scott Pask (The Band’s Visit)
Scott Pask, Finn Ross et Adam Young (Mean Girls)
Michael Yeargan (My Fair Lady)
★➨David Zinn (SpongeBob SquarePants)

Meilleurs décors dans une pièce de théâtre
Miriam Buether (Three Tall Women)
Jonathan Fensom (Farinelli and the King)
★➨Christine Jones (Harry Potter and the Cursed Child)
Santo Loquasto (The Iceman Cometh)
Ian MacNeil et Edward Pierce (Angels in America)

Meilleurs éclairages dans une comédie musicale
➨Kevin Adams (SpongeBob SquarePants)
Jules Fisher and Peggy Eisenhauer (Once On This Island)
Donald Holder (My Fair Lady)
Brian MacDevitt (Carousel)
★Tyler Micoleau (The Band’s Visit)

Meilleurs éclairages dans une pièce de théâtre
★➨Neil Austin (Harry Potter and the Cursed Child)
Paul Constable (Angels in America)
Jules Fisher and Peggy Eisenhauer (The Iceman Cometh)
Paul Russell (Farinelli and the King)
Ben Stanton (Junk)

Meilleure conception sonore dans une comédie musicale
★Kai Harada (The Band’s Visit)
Peter Hylenski (Once On This Island)
Scott Lehrer (Carousel)
Brian Ronan (Mean Girls)
➨Walter Trarbach et Mike Dobson (SpongeBob SquarePants)

Meilleure conception sonore dans une pièce de théâtre
Adam Cork (Travesties)
Ian Dickinson (Angels in America)
★➨Gareth Fry (Harry Potter and the Cursed Child)
Tom Gibbons (1984)
Dan Moses Schreier (The Iceman Cometh)

Tony-Awards

CRITIQUE EXPRESS : The Phantom of the Opera à la Place des Arts

Le temps me manque pour vous faire une critique exhaustive de la tournée américaine de The Phantom of the Opera qui joue présentement à la Place des Arts de Montréal. Tout de même, j’ai envie de vous donner mes premières impressions à propos de ce classique de Broadway. Voici mes deux coups de cœur et mes deux coups de gueule !

Points forts

  • Mise en scène : ENFIN un vent de fraîcheur pour cette comédie musicale qui utilise la même mise en scène depuis 1986! Laurence Connor a réinventé ce classique avec cette nouvelle production qui roule sa bosse à travers les États-Unis et l’Europe depuis 2012. Le spectacle gagne en rythme et les transitions sont rapides. Connor s’est assuré de conserver les éléments mythiques (le bateau du fantôme, les opulentes scènes d’opéra, etc.), tout en n’hésitant pas à actualiser certaines scènes (la mascarade, le toit de l’Opéra), question de surprendre positivement ceux qui ont vu le spectacle par le passé. L’alternance entre les scènes devant et derrière le rideau était redondante dans la mise en scène originale, et Connor est venu régler ce problème en donnant aux spectateurs de nouvelles perspectives (45 degrés, à moitié devant le rideau, à moitié derrière).
  • Scénographie : Ce deuxième point fort va de pair avec le premier. Connor et son scénographe Paul Brown ont fait entrer l’œuvre dans le 21e siècle avec l’utilisation de technologies modernes (ce qui manque à la production qui roule encore et toujours au Majestic Theatre de New York). La descente du Fantôme avec Christine dans les catacombes de l’Opéra Garnier est un moment fort du spectacle, alors que les marches apparaissent à mesure que les deux personnages descendent d’une structure imposante qui elle-même, est en mouvement. Les effets spéciaux surprennent et la façon dont les multiples lieux se créent est ingénieuse

Points faibles

  • Distribution : La comédie musicale The Phantom of the Opera demande un niveau relevé de chant et de jeu pour bien rendre l’histoire et les chansons. Malheureusement, la distribution de cette tournée est très inégale. Derrick Davis rend très bien le rôle-titre d’un point de vue du jeu, mais semblait retenir sa voix à chaque passage. Ce personnage doit en imposer physiquement, mais surtout, vocalement. Quand il chante, les murs doivent trembler sous la puissance de sa voix. Je vous confirme que les murs de la Place des Arts sont intacts. Eva Tavares était à l’opposé de Davis dans le rôle de Christine. Sa voix était exceptionnelle, mais son jeu laissait à désirer. J’ai senti que l’actrice mettait tous ses efforts à livrer une performance vocale impeccable, mais oubliait qu’une histoire devait être racontée. Raoul est un rôle difficile à interpréter, majoritairement parce qu’il est mal écrit. Jordan Craig faisait de grands efforts pour tirer son épingle du jeu, mais il n’avait malheureusement l’air que d’un prince de Disney caricatural sans 2e et 3e niveau. Les autres personnages secondaires étaient efficaces, mais ne m’ont pas marqué d’aucune façon. Piangi et Carlotta sont toujours d’excellents comic reliefs, mais les voix des interprètes ne m’ont guère jeté par terre.
  • Son : Quand on va voir une production théâtrale amateure, on tolère les petits problèmes techniques. Quand on va voir une production de calibre international (même si c’est une tournée), un son de mauvaise qualité est inacceptable. La balance de son était changeante à mesure que le spectacle avançait, mais une chose est restée identique du début à la fin : la musique enterrait les voix et le volume général était trop bas.

Au-delà de ces quelques points, The Phantom of the Opera est une œuvre immortelle qui vient toucher les spectateurs à tous coups. Le destin tragique des personnages fait son effet, même quand la sonorisation et les performances sont inégales 😉

 

★★★/5

CRITIQUE : Anastasia sur Broadway

Anastasia est un film animé hautement populaire paru en 1997 et vu par des millions d’enfants depuis. Je ne fais pas partie d’eux. Cette année-là, j’avais 6 ans et un film de princesse qui se passe en Russie devait être le dernier de mes soucis. Ce n’est rien contre l’œuvre, mais à l’époque, tout ce qui n’avait pas l’apparence d’un bloc Lego était invisible à mes yeux!

Tout de même, lorsque les premières rumeurs d’adaptation en comédie musicale avaient fait surface en 2015, ma curiosité avait été piquée. D’abord, parce que j’apprenais que l’excellent tandem Ahrens et Flaherty, qui avait écrit la trame sonore du film original, allait revenir à la charge avec de nouvelles chansons (ils sont à l’origine des comédies musicales Once On This Island, Ragtime et Rocky, notamment). Ensuite, parce que l’auteur Terrence McNally, reconnu pour les pièces Master Class et Deuce ainsi que pour les dialogues de plusieurs excellentes comédies musicales, allait écrire un nouveau livret. Finalement, parce que le metteur en scène Darko Tresnjak, dont j’avais apprécié le travail sur A Gentleman’s Guide to Love and Murder, était attaché au projet. Tous ces éléments laissaient présager une adaptation théâtrale intelligente, recherchée et cohérente.

Fast forward deux ans plus tard. Je suis à New York sur un coup de tête. Je planifie habituellement mes escapades new-yorkaises douze mois à l’avance (août 2018, j’ai hâte!). J’ai habituellement mes billets six mois à l’avance (Hamilton le 10 août 2018!). Là, je me suis levé le samedi 2 septembre pensant faire un petit aller-retour dans le Massachussetts pour voir la comédie musicale Company à Barrington Stage, puis revenir tranquillement à Québec le dimanche. Surprise!

  • Dimanche 3 septembre à 8h15 : départ vers New York
  • 10h30 : file d’attente pour TKTS sous la pluie
  • 11h00 : le guichet ouvre, Anastasia est disponible, le rabais est intéressant et l’heure nous permet de revenir à Québec à une heure (presque) décente
  • 11h15 : nous avons nos billets pour Anastasia
  • 14h00 : le rideau lève

En ce dimanche après-midi pluvieux, au Broadhurst Theatre de la 44e Rue, j’ai exactement obtenu ce que je prévoyais deux ans plus tôt : une adaptation intelligente, recherchée et cohérente. L’histoire générale du long-métrage est respectée, mais les éléments fantastiques de ce dernier ont été remplacés par des éléments bien réels. L’histoire d’Anastasia est traitée comme si c’était une comédie musicale historique. Bien sûr, plusieurs éléments de l’histoire de la vraie Anastasia Nikolaïevna de Russie manquent, donc les auteurs de la comédie musicale (et du film) comblent les trous. Pour le long-métrage de 1997, le méchant de l’histoire était une version maléfique et fictive du personnage historique réel, Grigori Rasputin (le vrai était décédé lorsque l’histoire d’Anastasia se déroule). Certains se rappelleront de sa chauve-souris de compagnie, Bartok. À l’époque, les producteurs avaient décidé de rester en-dehors de la politique, préférant ajouter des éléments fantastiques pour expliquer le drame de la famille du Tsar Nicolas II. Pour la comédie musicale, Terrence McNally a fait exactement l’inverse : il a supprimé les personnages de Rasputin et de Bartok, pour les remplacer par Gleb Vaganov, le général de l’armée bolchevique. Plutôt que d’être un méchant à part entière comme c’est souvent le cas  dans les films pour enfants, Gleb est un personnage nuancé et humain qui se doit de répondre aux ordres de son supérieur, tout en n’endossant pas nécessairement ce qu’on lui demande de faire. Gleb n’a jamais réellement existé, mais les auteurs l’ont créé de manière crédible et fidèle historiquement, alors qu’on le positionne dans les rangs de l’Armée rouge de Lenine. À l’image de cette décision dramaturgique, l’histoire de la comédie musicale est très bien construite. Par contre, je déplore le motif répétitif où s’enchaînent successivement dialogues, chanson, changement de décor, dialogues, chanson, changement de décor, etc, etc. Cette structure est répétée du début à la fin, rendant l’œuvre un peu monotone.

La mise en scène de Tresnjak est efficace, sans révolutionner quoi que ce soit. L’histoire se déroule dans de multiples lieux et l’équipe de création a pris une direction toujours populaire, mais qui me dérange: recréer chaque espace dans les moindres détails. S’il y a une porte dans l’histoire, IL DOIT Y AVOIR UNE PORTE SUR SCÈNE. On ne laisse pas place à l’imagination et on ne fait pas confiance à l’intelligence du spectateur. De plus, dans une histoire où des dizaines de lieux sont visités par les personnages, les changements de décor viennent alourdir le rythme. Certains diront que c’est une décision louable, considérant qu’une partie du public cible est très jeune. C’est vrai, mais Matilda The Musical aussi était destiné à un jeune public et le metteur en scène Matthew Warchus a osé faire confiance à l’intelligence de son public en créant un environnement scénique imaginatif et efficace. Ne vous trompez pas, les éléments de décor d’Anastasia m’ont impressionné. Visuellement, on se croyait réellement au beau milieu de Saint-Pétersbourg et de Paris. Par contre, les multiples transitions scéniques alourdissaient le déroulement de l’histoire. Au-delà des éléments de décors, les projections étaient très impressionnantes. La scène de train où le décor qui défile derrière les personnages tourne à mesure que le wagon change de direction doit être d’une grande complexité technique. Cette scène quasi-cinématographique est l’une des seules où Tresnjak nous montre son grand talent artistique et chorégraphique, que l’on avait découvert dans A Gentleman’s Guide to Love and Murder.

Un autre élément qui m’a dérangé est la façon dont chacune des chansons se termine. J’avais l’impression d’être dans un spectacle de Katy Perry où on assume que le public applaudira à la fin de chaque numéro. Toutes les chansons se terminent de la même manière : l’interprète pousse une note puissante et intense, puis sur la dernière note de l’orchestre, l’éclairage change pour signifier au public que c’est le moment d’applaudir. En comédie musicale, on ne doit pas assumer que chaque chanson sera suivie d’applaudissements. On doit subjuguer les spectateurs à un point tel qu’ils décident d’interrompre l’ordre normal du spectacle pour donner de l’amour à l’interprète! Comme spectateur, je m’abandonne complètement à une œuvre lorsque je ne sens pas de coupures entre les dialogues, chansons et chorégraphies. Je n’aime pas sentir le moment où le travail du metteur en scène s’est terminé et où celui du chorégraphe a commencé. Je n’aime pas sentir que le metteur en scène veut qu’on applaudisse à un moment bien précis. Une bonne comédie musicale forme un tout homogène où s’entremêlent toutes les disciplines. J’ai peut-être un regard trop technique, mais je déteste décrocher d’une œuvre parce que je sens que la scène de théâtre parlée vient de se terminer et l’introduction musicale qui mène à la chanson débute, le personnage restant de glace devant le public en attendant que le premier couplet voie le jour. C’est bien personnel, mais ça m’a dérangé dans Anastasia.

Les chorégraphies de Peggy Hickey, quant à elles, sont très efficaces et d’une grande beauté. Anastasia n’est pas une comédie musicale où la danse a une place prépondérante, mais lorsqu’il y en a, ça vaut le coup. Dans le deuxième acte, j’ai particulièrement aimé le moment où les personnages assistent à un ballet à Paris. Hickey et Tresnjak se sont tournés vers de réelles interprètes du New York City Ballet pour distribuer les rôles des quatre danseurs, ce qui ajoute un niveau de qualité à l’œuvre. Normalement, dans une comédie musicale de Broadway où il y a du ballet (exemple, The Phantom of the Opera), on engage des danseurs de théâtre musical qui ont un bagage de danse classique, sans pour autant être des spécialistes en la matière. Avec Anastasia, on crée un numéro extrêmement convainquant, aussi impressionnant que pertinent à l’histoire. La scène dansante provenant d’une œuvre fictive met en scène une ballerine et ses deux prétendants dans une chorégraphie endiablée où les deux hommes, l’un ange, l’autre démon, tentent de charmer la jeune innocente. Ce ballet recrée la situation vécue par les trois personnages principaux, Anya, Dmitri et Gleb. Ce moment de l’œuvre représente exactement le célèbre proverbe américain qui décrit le rapport à la musique et la danse dans le théâtre musical : « Quand l’émotion devient trop forte pour parler, on chante. Quand l’émotion devient trop forte pour chanter, on danse ».

Le point fort de la production est définitivement sa distribution. Les six personnages majeurs sont tous brillamment interprétés, ce qui fait oublier les petits éléments négatifs mentionnés précédemment. J’ai eu la chance de voir cinq des six interprètes originaux et je n’ai pas été déçu. Christy Altomare est une véritable révélation dans le rôle d’Anya/Anastasia. Elle met à profit sa puissante voix pour interpréter avec nuance le rôle-titre. Derek Klena, qui campe Dmitri, est le parfait jeune premier, avec sa voix claire et son look de prince de Disney. Dans le rôle de l’Impératrice douairière Marie, la doublure Janet Dickinson était très bonne. Je ne comprends cependant pas comme Mary Beth Peil, l’actrice qui a créé le rôle, a pu être nominée pour un Tony Award dans un rôle aussi minime et sans éclat. Ramin Karimloo interprète à merveille Gleb, le méchant-pas-si-méchant-finalement de l’histoire. Il met de l’avant sa puissante voix de ténor qui fait sa renommée aux quatre coins du monde. Je l’avais vu sur Broadway en 2014 dans Les Misérables, alors qu’il y tenait le rôle de Jean Valjean, et il m’avait beaucoup déçu. Le chanteur iranien-canadien semblait à bout de souffle, incapable de reproduire une performance à la hauteur de sa réputation. Dans Anastasia, Karimloo est à son aise alors qu’il ne porte pas le spectacle sur ses épaules. Son jeu d’acteur est touchant et il attaque chaque note de musique comme si c’était la dernière, au grand bonheur du public qui l’a applaudi à maintes reprises. Finalement, mon coup de cœur va au duo formé par John Bolton et Caroline O’Connor, qui interprètent Vlad et Lily. Le tandem comique, sortie de comic relief qui vient alléger l’histoire, est aussi charmant qu’hilarant. L’histoire d’amour loufoque de ces deux amants séparés par la révolution évolue dans l’ombre de la trame narrative principale et charme le public. Bolton et O’Connor sont les héros obscurs de cette solide distribution.

Bref, Anastasia est une adaptation réussie de ce long-métrage mythique pour toute une génération de jeunes filles. Si vous êtes comme moi, que vous n’avez pas vu le film et que vous avez jugé trop vite cette œuvre, pensant que c’est une histoire de princesse à l’eau de rose, détrompez-vous! Anastasia est une comédie musicale à la fois historique et politique, sans pour autant aller trop loin dans les détails et les enjeux. Ce n’est pas une œuvre biographique qui respecte ce qui est écrit dans les livres d’histoire. Ce n’est pas non plus une œuvre politique qui pose un regard analytique sur ce qui s’est déroulé après l’assassinat de la famille impériale russe. C’est plutôt une œuvre humaine qui s’inspire de faits historiques et politiques. C’est une histoire à la fois charmante et surprenante qui plaira à tous, du néophyte qui assiste à sa première comédie musicale jusqu’à l’adepte de théâtre musical intelligent et bien construit.

★★★★/5