CRITIQUE EXPRESS : The Phantom of the Opera à la Place des Arts

Le temps me manque pour vous faire une critique exhaustive de la tournée américaine de The Phantom of the Opera qui joue présentement à la Place des Arts de Montréal. Tout de même, j’ai envie de vous donner mes premières impressions à propos de ce classique de Broadway. Voici mes deux coups de cœur et mes deux coups de gueule !

Points forts

  • Mise en scène : ENFIN un vent de fraîcheur pour cette comédie musicale qui utilise la même mise en scène depuis 1986! Laurence Connor a réinventé ce classique avec cette nouvelle production qui roule sa bosse à travers les États-Unis et l’Europe depuis 2012. Le spectacle gagne en rythme et les transitions sont rapides. Connor s’est assuré de conserver les éléments mythiques (le bateau du fantôme, les opulentes scènes d’opéra, etc.), tout en n’hésitant pas à actualiser certaines scènes (la mascarade, le toit de l’Opéra), question de surprendre positivement ceux qui ont vu le spectacle par le passé. L’alternance entre les scènes devant et derrière le rideau était redondante dans la mise en scène originale, et Connor est venu régler ce problème en donnant aux spectateurs de nouvelles perspectives (45 degrés, à moitié devant le rideau, à moitié derrière).
  • Scénographie : Ce deuxième point fort va de pair avec le premier. Connor et son scénographe Paul Brown ont fait entrer l’œuvre dans le 21e siècle avec l’utilisation de technologies modernes (ce qui manque à la production qui roule encore et toujours au Majestic Theatre de New York). La descente du Fantôme avec Christine dans les catacombes de l’Opéra Garnier est un moment fort du spectacle, alors que les marches apparaissent à mesure que les deux personnages descendent d’une structure imposante qui elle-même, est en mouvement. Les effets spéciaux surprennent et la façon dont les multiples lieux se créent est ingénieuse

Points faibles

  • Distribution : La comédie musicale The Phantom of the Opera demande un niveau relevé de chant et de jeu pour bien rendre l’histoire et les chansons. Malheureusement, la distribution de cette tournée est très inégale. Derrick Davis rend très bien le rôle-titre d’un point de vue du jeu, mais semblait retenir sa voix à chaque passage. Ce personnage doit en imposer physiquement, mais surtout, vocalement. Quand il chante, les murs doivent trembler sous la puissance de sa voix. Je vous confirme que les murs de la Place des Arts sont intacts. Eva Tavares était à l’opposé de Davis dans le rôle de Christine. Sa voix était exceptionnelle, mais son jeu laissait à désirer. J’ai senti que l’actrice mettait tous ses efforts à livrer une performance vocale impeccable, mais oubliait qu’une histoire devait être racontée. Raoul est un rôle difficile à interpréter, majoritairement parce qu’il est mal écrit. Jordan Craig faisait de grands efforts pour tirer son épingle du jeu, mais il n’avait malheureusement l’air que d’un prince de Disney caricatural sans 2e et 3e Les autres personnages secondaires étaient efficaces, mais ne m’ont pas marqué d’aucune façon. Piangi et Carlotta sont toujours d’excellents comic reliefs, mais les voix des interprètes ne m’ont guère jeté par terre.
  • Son : Quand on va voir une production théâtrale amateure, on tolère les petits problèmes techniques. Quand on va voir une production de calibre international (même si c’est une tournée), un son de mauvaise qualité est inacceptable. La balance de son était changeante à mesure que le spectacle avançait, mais une chose est restée identique du début à la fin : la musique enterrait les voix et le volume général était trop bas.

Au-delà de ces quelques points, The Phantom of the Opera est une œuvre immortelle qui vient toucher les spectateurs à tous coups. Le destin tragique des personnages fait son effet, même quand la sonorisation et les performances sont inégales 😉

 

★★★/5

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CRITIQUE : Anastasia sur Broadway

Anastasia est un film animé hautement populaire paru en 1997 et vu par des millions d’enfants depuis. Je ne fais pas partie d’eux. Cette année-là, j’avais 6 ans et un film de princesse qui se passe en Russie devait être le dernier de mes soucis. Ce n’est rien contre l’œuvre, mais à l’époque, tout ce qui n’avait pas l’apparence d’un bloc Lego était invisible à mes yeux!

Tout de même, lorsque les premières rumeurs d’adaptation en comédie musicale avaient fait surface en 2015, ma curiosité avait été piquée. D’abord, parce que j’apprenais que l’excellent tandem Ahrens et Flaherty, qui avait écrit la trame sonore du film original, allait revenir à la charge avec de nouvelles chansons (ils sont à l’origine des comédies musicales Once On This Island, Ragtime et Rocky, notamment). Ensuite, parce que l’auteur Terrence McNally, reconnu pour les pièces Master Class et Deuce ainsi que pour les dialogues de plusieurs excellentes comédies musicales, allait écrire un nouveau livret. Finalement, parce que le metteur en scène Darko Tresnjak, dont j’avais apprécié le travail sur A Gentleman’s Guide to Love and Murder, était attaché au projet. Tous ces éléments laissaient présager une adaptation théâtrale intelligente, recherchée et cohérente.

Fast forward deux ans plus tard. Je suis à New York sur un coup de tête. Je planifie habituellement mes escapades new-yorkaises douze mois à l’avance (août 2018, j’ai hâte!). J’ai habituellement mes billets six mois à l’avance (Hamilton le 10 août 2018!). Là, je me suis levé le samedi 2 septembre pensant faire un petit aller-retour dans le Massachussetts pour voir la comédie musicale Company à Barrington Stage, puis revenir tranquillement à Québec le dimanche. Surprise!

  • Dimanche 3 septembre à 8h15 : départ vers New York
  • 10h30 : file d’attente pour TKTS sous la pluie
  • 11h00 : le guichet ouvre, Anastasia est disponible, le rabais est intéressant et l’heure nous permet de revenir à Québec à une heure (presque) décente
  • 11h15 : nous avons nos billets pour Anastasia
  • 14h00 : le rideau lève

En ce dimanche après-midi pluvieux, au Broadhurst Theatre de la 44e Rue, j’ai exactement obtenu ce que je prévoyais deux ans plus tôt : une adaptation intelligente, recherchée et cohérente. L’histoire générale du long-métrage est respectée, mais les éléments fantastiques de ce dernier ont été remplacés par des éléments bien réels. L’histoire d’Anastasia est traitée comme si c’était une comédie musicale historique. Bien sûr, plusieurs éléments de l’histoire de la vraie Anastasia Nikolaïevna de Russie manquent, donc les auteurs de la comédie musicale (et du film) comblent les trous. Pour le long-métrage de 1997, le méchant de l’histoire était une version maléfique et fictive du personnage historique réel, Grigori Rasputin (le vrai était décédé lorsque l’histoire d’Anastasia se déroule). Certains se rappelleront de sa chauve-souris de compagnie, Bartok. À l’époque, les producteurs avaient décidé de rester en-dehors de la politique, préférant ajouter des éléments fantastiques pour expliquer le drame de la famille du Tsar Nicolas II. Pour la comédie musicale, Terrence McNally a fait exactement l’inverse : il a supprimé les personnages de Rasputin et de Bartok, pour les remplacer par Gleb Vaganov, le général de l’armée bolchevique. Plutôt que d’être un méchant à part entière comme c’est souvent le cas  dans les films pour enfants, Gleb est un personnage nuancé et humain qui se doit de répondre aux ordres de son supérieur, tout en n’endossant pas nécessairement ce qu’on lui demande de faire. Gleb n’a jamais réellement existé, mais les auteurs l’ont créé de manière crédible et fidèle historiquement, alors qu’on le positionne dans les rangs de l’Armée rouge de Lenine. À l’image de cette décision dramaturgique, l’histoire de la comédie musicale est très bien construite. Par contre, je déplore le motif répétitif où s’enchaînent successivement dialogues, chanson, changement de décor, dialogues, chanson, changement de décor, etc, etc. Cette structure est répétée du début à la fin, rendant l’œuvre un peu monotone.

La mise en scène de Tresnjak est efficace, sans révolutionner quoi que ce soit. L’histoire se déroule dans de multiples lieux et l’équipe de création a pris une direction toujours populaire, mais qui me dérange: recréer chaque espace dans les moindres détails. S’il y a une porte dans l’histoire, IL DOIT Y AVOIR UNE PORTE SUR SCÈNE. On ne laisse pas place à l’imagination et on ne fait pas confiance à l’intelligence du spectateur. De plus, dans une histoire où des dizaines de lieux sont visités par les personnages, les changements de décor viennent alourdir le rythme. Certains diront que c’est une décision louable, considérant qu’une partie du public cible est très jeune. C’est vrai, mais Matilda The Musical aussi était destiné à un jeune public et le metteur en scène Matthew Warchus a osé faire confiance à l’intelligence de son public en créant un environnement scénique imaginatif et efficace. Ne vous trompez pas, les éléments de décor d’Anastasia m’ont impressionné. Visuellement, on se croyait réellement au beau milieu de Saint-Pétersbourg et de Paris. Par contre, les multiples transitions scéniques alourdissaient le déroulement de l’histoire. Au-delà des éléments de décors, les projections étaient très impressionnantes. La scène de train où le décor qui défile derrière les personnages tourne à mesure que le wagon change de direction doit être d’une grande complexité technique. Cette scène quasi-cinématographique est l’une des seules où Tresnjak nous montre son grand talent artistique et chorégraphique, que l’on avait découvert dans A Gentleman’s Guide to Love and Murder.

Un autre élément qui m’a dérangé est la façon dont chacune des chansons se termine. J’avais l’impression d’être dans un spectacle de Katy Perry où on assume que le public applaudira à la fin de chaque numéro. Toutes les chansons se terminent de la même manière : l’interprète pousse une note puissante et intense, puis sur la dernière note de l’orchestre, l’éclairage change pour signifier au public que c’est le moment d’applaudir. En comédie musicale, on ne doit pas assumer que chaque chanson sera suivie d’applaudissements. On doit subjuguer les spectateurs à un point tel qu’ils décident d’interrompre l’ordre normal du spectacle pour donner de l’amour à l’interprète! Comme spectateur, je m’abandonne complètement à une œuvre lorsque je ne sens pas de coupures entre les dialogues, chansons et chorégraphies. Je n’aime pas sentir le moment où le travail du metteur en scène s’est terminé et où celui du chorégraphe a commencé. Je n’aime pas sentir que le metteur en scène veut qu’on applaudisse à un moment bien précis. Une bonne comédie musicale forme un tout homogène où s’entremêlent toutes les disciplines. J’ai peut-être un regard trop technique, mais je déteste décrocher d’une œuvre parce que je sens que la scène de théâtre parlée vient de se terminer et l’introduction musicale qui mène à la chanson débute, le personnage restant de glace devant le public en attendant que le premier couplet voie le jour. C’est bien personnel, mais ça m’a dérangé dans Anastasia.

Les chorégraphies de Peggy Hickey, quant à elles, sont très efficaces et d’une grande beauté. Anastasia n’est pas une comédie musicale où la danse a une place prépondérante, mais lorsqu’il y en a, ça vaut le coup. Dans le deuxième acte, j’ai particulièrement aimé le moment où les personnages assistent à un ballet à Paris. Hickey et Tresnjak se sont tournés vers de réelles interprètes du New York City Ballet pour distribuer les rôles des quatre danseurs, ce qui ajoute un niveau de qualité à l’œuvre. Normalement, dans une comédie musicale de Broadway où il y a du ballet (exemple, The Phantom of the Opera), on engage des danseurs de théâtre musical qui ont un bagage de danse classique, sans pour autant être des spécialistes en la matière. Avec Anastasia, on crée un numéro extrêmement convainquant, aussi impressionnant que pertinent à l’histoire. La scène dansante provenant d’une œuvre fictive met en scène une ballerine et ses deux prétendants dans une chorégraphie endiablée où les deux hommes, l’un ange, l’autre démon, tentent de charmer la jeune innocente. Ce ballet recrée la situation vécue par les trois personnages principaux, Anya, Dmitri et Gleb. Ce moment de l’œuvre représente exactement le célèbre proverbe américain qui décrit le rapport à la musique et la danse dans le théâtre musical : « Quand l’émotion devient trop forte pour parler, on chante. Quand l’émotion devient trop forte pour chanter, on danse ».

Le point fort de la production est définitivement sa distribution. Les six personnages majeurs sont tous brillamment interprétés, ce qui fait oublier les petits éléments négatifs mentionnés précédemment. J’ai eu la chance de voir cinq des six interprètes originaux et je n’ai pas été déçu. Christy Altomare est une véritable révélation dans le rôle d’Anya/Anastasia. Elle met à profit sa puissante voix pour interpréter avec nuance le rôle-titre. Derek Klena, qui campe Dmitri, est le parfait jeune premier, avec sa voix claire et son look de prince de Disney. Dans le rôle de l’Impératrice douairière Marie, la doublure Janet Dickinson était très bonne. Je ne comprends cependant pas comme Mary Beth Peil, l’actrice qui a créé le rôle, a pu être nominée pour un Tony Award dans un rôle aussi minime et sans éclat. Ramin Karimloo interprète à merveille Gleb, le méchant-pas-si-méchant-finalement de l’histoire. Il met de l’avant sa puissante voix de ténor qui fait sa renommée aux quatre coins du monde. Je l’avais vu sur Broadway en 2014 dans Les Misérables, alors qu’il y tenait le rôle de Jean Valjean, et il m’avait beaucoup déçu. Le chanteur iranien-canadien semblait à bout de souffle, incapable de reproduire une performance à la hauteur de sa réputation. Dans Anastasia, Karimloo est à son aise alors qu’il ne porte pas le spectacle sur ses épaules. Son jeu d’acteur est touchant et il attaque chaque note de musique comme si c’était la dernière, au grand bonheur du public qui l’a applaudi à maintes reprises. Finalement, mon coup de cœur va au duo formé par John Bolton et Caroline O’Connor, qui interprètent Vlad et Lily. Le tandem comique, sortie de comic relief qui vient alléger l’histoire, est aussi charmant qu’hilarant. L’histoire d’amour loufoque de ces deux amants séparés par la révolution évolue dans l’ombre de la trame narrative principale et charme le public. Bolton et O’Connor sont les héros obscurs de cette solide distribution.

Bref, Anastasia est une adaptation réussie de ce long-métrage mythique pour toute une génération de jeunes filles. Si vous êtes comme moi, que vous n’avez pas vu le film et que vous avez jugé trop vite cette œuvre, pensant que c’est une histoire de princesse à l’eau de rose, détrompez-vous! Anastasia est une comédie musicale à la fois historique et politique, sans pour autant aller trop loin dans les détails et les enjeux. Ce n’est pas une œuvre biographique qui respecte ce qui est écrit dans les livres d’histoire. Ce n’est pas non plus une œuvre politique qui pose un regard analytique sur ce qui s’est déroulé après l’assassinat de la famille impériale russe. C’est plutôt une œuvre humaine qui s’inspire de faits historiques et politiques. C’est une histoire à la fois charmante et surprenante qui plaira à tous, du néophyte qui assiste à sa première comédie musicale jusqu’à l’adepte de théâtre musical intelligent et bien construit.

★★★★/5

Hip hop, métal et électro sur Broadway

«La musique de comédies musicales, ça sonne toujours pareil»

Combien de fois ai-je entendu cette phrase?
Bien que cet énoncé soit complètement faux, je dois avouer que je peux le comprendre.

«Quoi? BroadwayVez trouve que toutes les comédies musicales sonnent pareil?!»

Ben non.

Par contre, si je me mets dans la peau de quelqu’un qui ne s’intéresse pas à Broadway et dont le seul référent est matante Jacqueline qui écoute La Mélodie du Bonheur tous les 24 décembre au matin et qui casse les oreilles de tout le monde au réveillon en chantant «Do Ré Mi» à minuit avec un verre dans le nez, je peux comprendre.

La culture québécoise n’est pas tournée vers le théâtre musical comme ça peut l’être aux États-Unis ou en Europe. Par contre, j’ai toujours dit qu’il y a une comédie musicale pour tout le monde. Peu importe le style musical qu’une personne affectionne, je peux trouver une œuvre qui lui plaira.

Un gars me dit qu’il écoute beaucoup de classic rock? Je ne lui présenterai pas les trames sonores parlées-chantées atonales de Sondheim!
Une fille me dit qu’elle a son iPod rempli de Katy Perry et de Lady Gaga? Je ne lui ferai pas écouter l’œuvre titanesque de Rodgers & Hammerstein.

Au-delà du style musical classique de Broadway influencé par le jazz, le rock et la pop sont maintenant omniprésents dans le paysage du théâtre musical depuis des décennies. Que ce soit avec Hair, Rent ou Next to Normal, le rock a sa place sur Broadway. Côté pop, les sonorités actuelles en vogue au Billboard 100 ont toujours eu une résonnance en comédie musicale.

Aujourd’hui, j’ai envie de sortir des sentiers battus et de vous présenter des œuvres parfois obscures, parfois connues, dont la trame sonore est originale!

 

HIP HOP

Probablement le style musical qui permet le mieux de raconter une histoire, le hip hop est un art poétique où les mots priment sur la musique. En considérant qu’une chanson de comédie musicale a d’abord l’objectif de raconter quelque chose, il est surprenant que le hip hop ne soit arrivé sur Broadway qu’au milieu des années 2000 (par contre, je continue de croire que Sondheim a touché au rap dans le monologue d’entrée de la Sorcière dans Into the Woods). Voici donc ma sélection d’œuvres dignes de mention :

  • In The Heights : Chaque fanatique de comédie musicale peut citer l’œuvre qui lui a donné la piqûre. Toute une génération mentionne Rent. Les plus jeunes parlent de Wicked. Pour moi, c’est In The Heights. J’aimais déjà le théâtre musical, mais c’est la trame sonore hip hop empreinte de rythmes latins qui m’a fait passer de «simple fan de Broadway» à «lecteur-compulsif-de-tout-ce-qui-a-été-écrit-en-la-matière et fanatique-fini-à-la-frontière-de-la-maladie-mentale». Oui oui, c’est ce qui est écrit sur ma carte d’affaires… Bref, In The Heights est une œuvre riche à l’histoire bien ficelée qui a amené un flot de nouvelles sonorités au théâtre musical moderne.
  • Holler If Ya Hear Me : Tupac est au hip hop ce qu’Elvis est au rock ‘n’ roll. Et si Elvis a eu une comédie musicale inspirée de son époque avec une trame sonore remplie de ses succès (All Shook Up, paru en 2005), Tupac aussi! Un autre point commun entre les deux artistes? Cette adaptation sur Broadway a été un flop. Malgré tout, Holler If Ya Hear Me avait un fort potentiel, avec son histoire originale, son équipe de création menée par l’excellent metteur en scène Kenny Leon et sa distribution toutes étoiles avec le poète Saul Williams et l’acteur Christopher Jackson (Fait divers : ce dernier était de la distribution originale des 3 œuvres de cette rubrique. Bref, le gars sait rapper!)
  • Hamilton : À la première écoute de la trame sonore d’Hamilton, on comprend qu’avec In The Heights, Lin-Manuel Miranda se pratiquait. On pensait que l’œuvre de 2008 était une révolution, mais ce n’était que l’entrée avant le repas principal! Hamilton n’a plus besoin de présentation, étant le plus gros succès de Broadway depuis que New York est peuplé par des êtres humains (oui oui, rien de moins). Le succès est fracassant, le spectacle est ingénieux et la trame sonore dépasse largement les frontières du théâtre musical, ayant atteint les plus hauts sommets du Billboard, se positionnant parmi les albums les plus vendus de 2016 aux côtés d’Adele, Drake et Beyoncé. La seule question qui reste : qu’est-ce que Miranda nous prépare comme dessert?

 

MÉTAL

Style musical souvent incompris des néophytes, le métal est probablement l’un des genres les plus complexes qui regroupent les plus grands musiciens de notre époque. Au 21e siècle, les rappeurs sont les Rimbaud de notre époque et les musiciens de métal eux, en sont les Beethoven. L’intensité de ce style est empreinte d’émotions, ce qui en fait un genre de prédilection pour raconter une histoire. Voici quelques titres à explorer :

  • Prometheus Bound : System of a Down est probablement l’un des groupes métal qui a connu le plus grand succès mainstream dans les dernières années. Étant fan moi-même (je ne sors jamais courir sans «B.Y.O.B.»), vous devinerez ma réaction quand j’ai su que le chanteur de la formation, Serj Tankian, travaillait avec Steven Sater (auteur-parolier de Spring Awakening) sur une comédie musicale basée sur le mythe grec de Prométhée! Créé en 2011 à Boston, le spectacle était mis en scène dans une arène où le public entourait les interprètes. Peu d’extraits existent, mais il n’y a pas de doute que l’œuvre avait tout pour plaire aux fans de métal. On croise les doigts pour que la comédie musicale soit reprise dans un futur proche!
  • Sweeney Todd – Prog Metal Version : En 2014, la Landless Theatre Company de Washington a reçu la permission de Stephen Sondheim de transposer en prog-métal la trame sonore de sa comédie musicale Sweeney Todd, parue en 1979. Sa seule condition? Ne pas changer une virgule du texte, des paroles et de l’histoire. Pour bien des œuvres de théâtre musical, une telle réécriture des partitions nécessiterait des changements à l’histoire pour rendre le tout crédible. Avec Sweeney Todd, tout y est déjà : histoire sanglante, personnages plus grands que nature, drame, cynisme, etc. On est déjà au beau milieu d’un film de Rob Zombie. Il ne manquait qu’une trame sonore aux guitares lourdes! Question de droits d’auteur, il n’existe pas d’extraits de cette production professionnelle. Pour vous montrer comment l’adaptation fonctionne, voici une interprétation de Dee Snider, chanteur de Twisted Sisters.
  • Operation: Mindcrime : Adam Pascal n’a plus besoin d’introduction dans le monde de la comédie musicale. L’acteur a prêté son exceptionnelle voix rock à de nombreux personnages, dont Roger dans Rent et Radames dans Aida. En constante recherche de repousser les limites de sa voix, il annonçait en 2009 qu’il travaillait sur une adaptation théâtrale de l’album concept Operation: Mindcrime du groupe métal Queensrÿche. Aucune annonce officielle de production n’a été faite à l’écriture de ces lignes, mais il n’y a pas de doute que cette future comédie musicale saura ravir les fans de métal.

 

ÉLECTRO

Ma découverte personnelle des dernières années! Contrairement au hip hop et au métal que j’appréciais avant de découvrir les comédies musicales, j’ai appris à aimer la musique électro grâce aux œuvres que je vous présenterai ci-après. L’électro fait partie du paysage musical depuis plusieurs décennies, mais son arrivée dans le monde du théâtre musical est relativement récente. Je ne parle pas ici de musique pop aux discrets synthétiseurs. Je parle de réelle musique électro, dans la veine de Daft Punk, Twenty One Pilots ou même David Bowie! Sans plus attendre, voici trois œuvres qui sauront plaire aux amateurs du genre.

  • American Psycho : Les premiers balbutiements électroniques sur Broadway peuvent être attribués à Duncan Sheik avec Spring Awakening, mais c’était subtil, la partition tombant davantage dans le genre folk. Par contre, avec American Psycho, Sheik a sorti les synthétiseurs et les drum machines pour créer en 2013 une oeuvre complètement «1987», à l’image de la trame sonore qu’écouterait le personnage principal. Ceux qui ont lu le livre ou vu le film de 2000 avec Christian Bale se rappelleront l’obsession de l’antagoniste pour Huey Lewis, Tears for Fears et Phil Collins. Et bien sachez qu’à travers la trame sonore originale de Duncan Sheik, l’auteur-compositeur s’est amusé à intégrer «Hip to Be Square», «Everybody Wants to Rule the World» et «In The Air Tonight».
  • Here Lies Love : Qui de mieux pour écrire une comédie musicale électro qu’un artiste qui a contribué à ce genre dans la culture populaire? C’est au DJ Fatboy Slim qu’on doit cette œuvre éclatée qui raconte la vie de la Première dame des Philippines, Imelda Marcos, à la manière d’un concert musical. Ah et j’oubliais : le collaborateur de Fatboy Slim n’était nul autre que David Byrne, des Talking Heads. Après avoir connu du succès Off-Broadway, à Londres et à Seattle, l’œuvre devrait voir le jour sur Broadway dans un futur proche!
  • Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812 : À l’écoute de la trame sonore de cette nouvelle comédie musicale, on peut y trouver autant de styles musicaux que de mots dans son titre. L’œuvre se déroulant à Moscou au 19e siècle, l’auteur-compositeur Dave Malloy a opté pour des ères folk où l’on sent l’influence de la musique traditionnelle russe. Ajoutez aux cordes et à l’accordéon des synthétiseurs et des drum machines et vous avez ce que le créateur lui-même décrit comme un «electropop opera». Pourquoi tenter de mettre une étiquette à l’œuvre quand on peut simplement apprécier le résultat novateur et entraînant? Bonne écoute!

Cri du cœur de la St-Jean

En tant que fan fini de comédies musicales, j’ai longtemps pensé que les Américains et les Britanniques étaient meilleurs que nous dans ce domaine. That’s it. Ils sont tout simplement meilleurs, ce qui explique qu’ils ont des œuvres originales qui sont ancrées dans leur culture. Je me répétais la même question : comment se fait-il que comme peuple québécois, on excelle en musique, en littérature, en cinéma et en théâtre, mais qu’en comédie musicale, on soit à côté de la track?

[ATTENTION! Je ne parle pas ici de reprises d’œuvres étrangères. Toute bonne culture de théâtre musical reprend et adapte les succès d’ailleurs. Les Britanniques ont importé A Chorus Line et Hamilton, les Américains ont repris Cats et Les Misérables, etc. Par contre, dans ces cultures développées en frais de comédies musicales, pour chaque importation, il doit y avoir cinq fois plus de créations originales! Au Québec, Juste Pour Rire et plusieurs autres compagnies de production font un travail formidable en adaptant des succès comme Hairspray, Grease ou Mary Poppins. C’est grand public, c’est pop, c’est (presque toujours) lucratif et c’est la meilleure façon d’intéresser un nouveau public à la comédie musicale. J’ai bien beau être le plus grand fan de ce qui se fait dans la marge, je ne suis pas aveugle. Je sais qu’on n’intéressera jamais un néophyte en lui présentant des œuvres comme Follies ou Murder Ballad! Moi le premier, je me suis mis à apprécier ces comédies musicales après avoir consommé tout ce qui existe dans le mainstream de Broadway.]

MAIS OÙ SONT LES CRÉATIONS QUÉBÉCOISES?
Qu’est-ce qu’on nous a offert en frais d’œuvres originales dans les deux dernières décennies?
Dracula?
Don Juan?
Roméo et Juliette?
En quoi ces œuvres s’inscrivent-elles dans la culture québécoise? Parce que des acteurs québécois faisaient partie de la distribution? Non. Y’avait des Québécois dans L’Opéra de Quat’s Sous au Trident ou au TNM et j’suis pas mal sûr que Kurt Weill permettrait pas qu’on dise que c’est une oeuvre québécoise… «Was zur Hölle ist Quebec?»

Il m’semble qu’avant d’aller chercher des histoires dans le folklore transylvanien, on pourrait explorer ce qui s’est passé ici? On a une histoire riche, non? La Nouvelle-France, la fondation de Québec, les patriotes, la conscription, etc. Pis des légendes, on en as-tu ou bien on en n’a pas? Imaginez La Chasse-galerie avec une trame sonore folk/bluegrass!

On a du théâtre québécois, on a de la musique québécoise, on a du cinéma québécois, on a de la littérature québécoise. A-t-on de la comédie musicale québécoise?
Je peux compter sur une main (auquel il manque un doigt) le nombre d’œuvres qui, à mon sens, s’inscrivent dans notre culture : Demain matin, Montréal m’attend, Belles Sœurs, Les Filles de Caleb… et une adaptation de Monica La Mitraille de Michel Conte en 1968 mettant en vedette une jeune Denise Filiatrault. (Pis tsé, on s’entend, j’suis allé chercher ça loin parce que j’ai jamais entendu la trame sonore et j’y vais à l’aveugle en me doutant qu’une pièce sur une criminelle montréalaise, ça s’inscrit dans notre culture…)

Après des années à me dire que la comédie musicale ne doit simplement pas faire partie de notre culture, j’ai décidé de changer mon fusil d’épaules. J’entends parler d’une multitude de microcompagnies de théâtre qui développent des projets. Le Segal Center de Montréal a développé quelques créations à travers le temps (y’ont bien beau faire ça en anglais, une comédie musicale faite par des Québécois, c’est une comédie musicale québécoise, qu’elle soit en français, en anglais, en mandarin ou en elfique!).

Et si le vrai problème n’était pas l’absence de comédies musicales québécoises, mais plutôt l’absence de festivals, de diffuseurs et de producteurs pour mettre ces œuvres-là en lumière? Et si la nouvelle génération d’artistes de théâtre musical qui gradue de Lionel-Groulx depuis une décennie développe des tas d’affaires, mais qu’il n’y a personne qui ose les produire? Ces artistes-là sont peut-être dans leur sous-sol à mettre leurs tripes sur une trame sonore et une histoire poignante, au lieu de faire la file dans un centre d’achat pour auditionner pour la 22e saison de Star Académie! Et si au moment où leur comédie musicale novatrice et touchante était prête à vivre sur une scène, toutes les portes se fermaient parce qu’ils n’ont pas 12 000 abonnées sur Instagram grâce à une performance d’un succès de Claude Dubois en quart de finale à La Voix?

Vous trouvez que je pose beaucoup de questions? Imaginez toutes celles que je me censure à écrire ici…

En cette Fête nationale du Québec, je nous souhaite donc des œuvres québécoises en théâtre musical, des artistes spécialisés en la matière qui se consacrent à cette forme d’art, des centaines de projets pour faire travailler tous ces triple-threats québécois et finalement, des producteurs qui osent casser le moule et miser sur des œuvres 100% québécoises!

Allez, bonne St-Jean!

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P.S. Parlez-moi pas des jukebox musicals. Que ce soit ici, à New York ou à Londres, tisser une comédie musicale avec des chansons populaires n’ayant de prime abord aucun fil conducteur, c’est pas une œuvre originale. Ça diminue en rien la qualité artistique, j’ai rien contre Le Blues d’la Métropole ou Mamma Mia!, mais en mon sens, ce n’est juste pas des comédies musicales originales.

P.S.2. On peut parler longtemps de Luc Plamondon, de Starmania et de Notre-Dame de Paris… Dans ma tête, ces deux œuvres se rapprochent davantage de l’opéra que de la comédie musicale. Et avec tout le respect que j’ai pour le célèbre parolier, ça s’inscrit difficilement dans la catégorie «théâtre musical québécois». Pas sûr que Quasimodo sache où trouver d’la bonne poutine!

P.S.3. Je pourrais adresser les mêmes questions à nos cousins français! Ils attachent le terme «comédie musicale» à tous ces spectacles musicaux avec un semblant d’histoire qui semblent davantage servir à propulser les carrières de chanteurs et chanteuses pop, plutôt que de réellement raconter une histoire. Je pourrais probablement compter sur une main (à laquelle il ne manque pas de doigt, cette fois) les comédies musicales françaises.

Mes prédictions : Tony Awards 2017

Le 11 juin prochain, c’est la grande messe du théâtre new-yorkais : les Tony Awards! Ce gala clôt la saison théâtrale 2016-2017 en remettant 24 prix d’importance. Avant d’aller plus loin, je vous propose un petit aperçu de la saison avec mon survol des pièces majeures et ma rétrospective des multiples remises de prix à New York.

Depuis que je m’intéresse aux comédies musicales et à Broadway, je m’amuse à faire mes prédictions, comme on le fait avant les séries éliminatoires au football ou au hockey! Alors qu’habituellement 50% de mes prédictions se confirment, l’an dernier je me suis surpris moi-même en donnant ma 2e meilleure performance à vie : 18 prédictions gagnantes sur 24!

Mes prédictions
Habituellement, les précédents galas sont de bons indicateurs pour les Tony Awards. Les productions qui remportent des prix aux Outer Critics Circle Awards et aux Drama Desk Awards sont souvent récompensés lors des Tony Awards. Cette année, il est plus difficile de suivre cette tendance parce que les nouvelles comédie musicale Dear Evan Hansen et Natasha, Pierre & the Great Comet of 1812, n’était pas éligible aux autres galas. En effet, puisque les pièces ont joué dans un théâtre de catégorie Off-Broadway lors de précédentes saisons, elles n’étaient pas éligibles cette années (il n’y a que les Tony Awards qui récompensent uniquement les productions de catégorie Broadway). C’est donc un défi supplémentaire qui attend les freaks comme moi qui font des prédictions!

*MISE À JOUR (14 juin 2017) : Quelle drôle de soirée! Non pas parce que j’ai seulement réussi 12 prédictions sur 24, mais parce que j’ai rarement été déçu d’une édition des Tony Awards! Contrairement aux critiques, j’ai apprécié l’animation de Kevin Spacey. Ce n’était pas du calibre de Neil Patrick Harris ou James Corden, mais il a su trouver le moyen d’être présent et pertinent, sans trop prendre le plancher et voler la vedette aux autres intervenants. Là où j’ai été déçu, c’est dans le choix des numéros musicaux présentés par les comédies musicales. Mis à part The Great Comet of 1812 et Bandstand, les productions sont passées complètement à côté d’une occasion en or d’accrocher le public et vendre des billets. Je vous le confirme : quatre minutes de performance aux Tony Awards coûte moins cher qu’un billboard dans Times Square et le retour sur investissement est faramineux. Il faut simplement présenter le bon numéro qui saura jeter le public à terre! Mon prix citron de la performance mal choisie va à Miss Saigon. Plutôt que d’y aller avec un numéro puissant comme «Bui Doi» ou un showstopper comme «The American Dream», les producteurs ont opté pour une séquence théâtrale ou le personnage principal tue le père de son enfant. Bref, le choix parfait (#not)! Au final, je prévoyais un rude combat entre The Great Comet of 1812 et Dear Evan Hansen, et c’est ce dernier qui a finalement eu le dessus en remportant les catégories principales.
(Ci-dessous : les gagnants sont identifiés d’un )

➨ = Prédiction

Meilleure comédie musicale
Come From Away
Dear Evan Hansen
Groundhog Day
Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812

Meilleure pièce de théâtre
A Doll’s House, Part 2
Indecent
◆➨Oslo
Sweat

Meilleure reprise d’une comédie musicale
Falsettos
◆➨Hello, Dolly!
Miss Saigon

Meilleure reprise d’une pièce de théâtre
Jitney
The Little Foxes
Present Laughter
Six Degrees of Separation

Meilleur acteur dans une comédie musicale
Christian Borle (Falsettos)
Josh Groban (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
David Hyde Pierce (Hello, Dolly!)
Andy Karl (Groundhog Day)
◆➨Ben Platt (Dear Evan Hansen)

Meilleure actrice dans une comédie musicale
Denée Benton (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
Christine Ebersole (War Paint)
Patti LuPone (War Paint)
◆➨Bette Midler (Hello, Dolly!)
Eva Noblezada (Miss Saigon)

Meilleur acteur dans une pièce de théâtre
Denis Arndt (Heisenberg)
Chris Cooper (A Doll’s House, Part 2)
Corey Hawkins (Six Degrees of Separation)
◆➨Kevin Kline (Present Laughter)
Jefferson Mays (Oslo)

Meilleure actrice dans une pièce de théâtre
Cate Blanchett (The Present)
Jennifer Ehle (Oslo)
Sally Field (The Glass Menagerie)
➨Laura Linney (The Little Foxes)
◆Laurie Metcalf (A Doll’s House, Part 2)

Meilleur acteur de soutien dans une comédie musicale
◆➨Gavin Creel (Hello, Dolly!)
Mike Faist (Dear Evan Hansen)
Andrew Rannells (Falsettos)
Lucas Steele (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
Brandon Uranowitz (Falsettos)

Meilleure actrice de soutien dans une comédie musicale
Kate Baldwin (Hello, Dolly!)
◆Rachel Bay Jones (Dear Evan Hansen)
Stephanie J. Block (Falsettos)
➨Jenn Colella (Come From Away)
Mary Beth Peil (Anastasia)

Meilleur acteur de soutien dans une pièce de théâtre
◆Michael Aronov (Oslo)
➨Danny DeVito (The Price)
Nathan Lane (The Front Page)
Richard Thomas (The Little Foxes)
John Douglas Thompson (Jitney)

Meilleure actrice de soutien dans une pièce de théâtre
Johanna Day (Sweat)
Jayne Houdyshell (A Doll’s House, Part 2)
◆➨Cynthia Nixon (The Little Foxes)
Condola Rashad (A Doll’s House, Part 2)
Michelle Wilson (Sweat)

Meilleure musique d’une comédie musicale
Come From Away (David Hein and Irene Sankoff)
Dear Evan Hansen (Benj Pasek and Justin Paul)
Groundhog Day (Tim Minchin)
Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812 (Dave Malloy)

Meilleur livret d’une comédie musicale
➨Come From Away (David Hein and Irene Sankoff)
Dear Evan Hansen (Steven Levenson)
Groundhog Day (Danny Rubin)
Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812 (Dave Malloy)

Meilleure mise en scène dans une comédie musicale
◆Christopher Ashley (Come From Away)
➨Rachel Chavkin (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
Michael Greif (Dear Evan Hansen)
Matthew Warchus (Groundhog Day)
Jerry Zaks (Hello, Dolly!)

Meilleure mise en scène dans une pièce de théâtre
Sam Gold (A Doll’s House, Part 2)
➨Ruben Santiago-Hudson (Jitney)
Bartlett Sher (Oslo)
Daniel Sullivan (The Little Foxes)
◆Rebecca Taichman (Indecent)

Meilleures chorégraphies
◆➨Andy Blankenbuehler (Bandstand)
Peter Darling and Ellen Kane (Groundhog Day)
Kelly Devine (Come From Away)
Denis Jones (Holiday Inn)
Sam Pinkleton (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)

Meilleures orchestrations
Bill Elliott and Greg Anthony Rassen (Bandstand)
Larry Hochman (Hello, Dolly!)
◆Alex Lacamoire (Dear Evan Hansen)
➨Dave Malloy (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)

Meilleurs costumes dans une comédie musicale
Linda Cho (Anastasia)
Santo Loquasto (Hello, Dolly!)
◆Paloma Young (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
➨Catherine Zuber (War Paint)

Meilleurs costumes dans une pièce de théâtre
◆➨Jane Greenwood (The Little Foxes)
Susan Hilferty (Present Laughter)
Toni-Leslie James (Jitney)
David Zinn (A Doll’s House, Part 2)

Meilleurs décors dans une comédie musicale
Rob Howell (Groundhog Day)
David Korins (War Paint)
◆➨Mimi Lien (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
Santo Loquasto (Hello, Dolly!)

Meilleurs décors dans une pièce de théâtre
David Gallo (Jitney)
◆Nigel Hook (The Play That Goes Wrong)
Douglas W. Schmidt (The Front Page)
➨Michael Yeargan (Oslo)

Meilleurs éclairages dans une comédie musicale
Howell Binkley (Come From Away)
Natasha Katz (Hello, Dolly!)
◆➨Bradley King (Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812)
Japhy Weideman (Dear Evan Hansen)

Meilleurs éclairages dans une pièce de théâtre
◆➨Christopher Akerlind (Indecent)
Jane Cox (Jitney)
Donald Holder (Oslo)
Jennifer Tipton (A Doll’s House, Part 2)

Tony-Awards

CRITIQUE : La La Land

Il y a eu les quatre saisons de Vivaldi. Maintenant, il y a les 5 saisons de Damien Chazelle : La La Land. Raconté en quatre actes successifs et un cinquième plusieurs années plus tard, le long-métrage est déjà un chef-d’oeuvre, à quelques semaines d’être couronné à la cérémonie des Oscars. Oubliez les comédies musicales adaptées au grand écran ou les films musicaux où chaque envolée chantée vous fait grincer des dents!* La La Land ne peut tout simplement pas être comparé avec ce qui a été fait par le passé.

*Ne le prenez pas mal. J’ai beau être un adepte de Broadway au point de frôler
la maladie mentale, les adaptations cinématographiques du genre me laissent
habituellement un goût amer à la bouche (excluez les récents
Into the Woods
et Les Misérables à cette dernière phrase!)

Il est tout simplement impossible de trouver les mots justes pour décrire le long-métrage de l’auteur et réalisateur Damien Chazelle. Est-ce un hommage aux belles années du jazz? Est-ce un voyage dans le temps au beau milieu du Los Angeles des années 1940? Est-ce le regard de deux artistes nostalgiques sur notre époque contemporaine? La réponse est simple : La La Land est à la fois tout ça et rien de tout ça. C’est un hommage sans aucune intention d’être une reconstitution historique. C’est un voyage dans le temps davantage nostalgique que réaliste. Ce sont une foule de petits clins d’œil au passé sans aucun souci de chronologie. Et tout ça, dans une histoire qui se déroule hier, aujourd’hui ou peut-être demain!

La réalisation de Chazelle nous coupe le souffle dans ses moments les plus contemplatifs, et nous ramène aussitôt les deux pieds sur Terre dans son réalisme et ses petits irritants du quotidien. Une magnifique séquence dansée et chantée s’estompe et au moment où on a envie d’applaudir comme si l’on était assis dans un théâtre de Broadway, un système d’alarme se fait entendre. Une montée dramatique vers un premier baiser dans une salle de cinéma vintage est interrompue par un problème technique du projecteur. Un silence amoureux rempli de sous-entendus est brisé par un texto entrant.

La direction artistique globale est tout simplement impeccable. Les prises de vue sont magnifiques, les effets spéciaux sont bien amenés, les envolées artistiques (et chorégraphiques!) sont contrôlées et l’utilisation des éclairages est d’une très grande théâtralité. Ajoutez à cela des plans-séquences complexes et des scènes intimes tout en simplicité et vous avez un long-métrage où feux d’artifice et long fleuve tranquille ne font qu’un.

Chazelle a réussi un coup de maître : mettre le plus possible de clichés cinématographiques dans un même film, sans jamais nous donner envie de rouler les yeux. Ces procédés stylistiques sont pleinement assumés et ajoutent au côté « hommage » de l’oeuvre. Ces répliques préfabriquées et surutilisées à Hollywood depuis l’époque de James Dean et Vivien Leigh prennent soudainement tout leur sens et cadrent parfaitement dans l’ambiance créée par le prolifique réalisateur et scénariste de 32 ans.

Les nombreuses scènes à la fois esthétiques et réalistes sont autant d’hommages à l’âge d’or d’Hollywood que de références à des créateurs modernes. Et pour clore ces 120 minutes de pur bonheur? Une boucle scénaristique bouclée magnifiquement avec une séquence à vous couper le souffle. Une fin parfaitement imparfaite qui vient placer l’oeuvre de Chazelle dans la marge des films musicaux auxquels Disney et tous les autres nous ont habitués.

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Après ces six paragraphes d’éloges, vous êtes maintenant convaincu que les producteurs du film m’ont offert des pots-de-vin en échange d’une critique parfaite? Détrompez-vous, je n’ai pas tout aimé! Par exemple, le numéro chorégraphique qui fait office d’ouverture m’a fait un peu peur. Suis-je assis devant la suite de Mamma Mia! où les quais d’une île grecque ont été remplacés par une bretelle d’autoroute californienne? Heureusement pour moi, une fois cette première chanson terminée, j’ai tout de suite oublié ce douloureux souvenir de Pierce Brosnan et Amanda Seyfried qui chantent les succès d’Abba et j’ai sauté à pieds joints dans l’univers créé par Damien Chazelle. D’autres points négatifs? Et bien non!

Côté interprétation, il n’y a pas de doutes qu’Emma Stone et Ryan Gosling sont nés pour les rôles de Mia et Sebastian. Depuis ses touts débuts au grand écran, Stone a des airs de star hollywoodienne de la belle époque. Son jeu est tout en nuance et sa voix est d’une solidité surprenante (merci à ses 14 semaines passées à jouer Sally dans Cabaret sur Broadway en 2015 à raison de 8 représentations par semaine). La scène où elle interprète la chanson nominée aux Oscars « Audition (The Fools Who Dream) » vaut le déplacement à elle seule! De son côté, Gosling joue son personnage complexe toute en subtilité et sa voix chantée est surprenante. Il n’a pas la solidité de sa partenaire à l’écran, mais le personnage de Sebastian ne pourrait tout simplement pas être interprété par un exubérant ténor. Au-delà des deux têtes d’affiche, la distribution qui les entoure est judicieusement choisie. J’ai adoré la présence de John Legend dans le rôle d’un ambitieux chanteur jazz et l’utilisation « clin d’oeil » de J.K. Simmons, qui avait remporté un Oscar d’interprétation pour le dernier film de Chazelle, Whiplash.

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La trame sonore signée par Justin Hurwitz est un chef-d’oeuvre d’une authenticité déconcertante. Pour un compositeur d’à peine 30 ans, l’artiste a une maîtrise complète des époques et des styles auxquels il rend hommage. Pour son travail sur La La Land, il est nominé pour trois Oscars, l’un pour sa trame sonore et les deux autres pour deux chansons individuelles. En tant que fan de comédie musicale, j’étais particulièrement fier de voir les noms de Benj Pasek et Justin Paul au générique, eux qui signent les paroles. Ces derniers oeuvrent depuis quelques années sur Broadway et connaissent présentement un succès monstre avec leur dernière création : Dear Evan Hansen.

En conclusion, je peux vous dire que je me suis assis dans la salle de cinéma en ayant des attentes grimpées jusqu’au plafond. Les critiques unanimes, la pluie de trophées aux Golden Globes et les 14 nominations aux Oscars n’aident pas à faire descendre les attentes. Pourtant, en ayant cet ouragan de commentaires positifs en tête, La La Land m’a tout de même jeté par terre. C’est peu dire pour exprimer toute la beauté et toute l’intelligence de ce long-métrage. Je vous le dis, courez voir La La Land. NON, mieux encore : dansez voir La La Land.

CRITIQUE : The Hamilton Mixtape

Ce n’est plus un secret pour personne, la comédie musicale Hamilton est une révolution, encore aujourd’hui, près de deux ans après ses débuts à New York! Le génie derrière l’œuvre, Lin-Manuel Miranda, est passé de «talentueux compositeur de Broadway» à «génie créatif le plus en demande aux États-Unis». En quelques mois, il a remporté deux Tony Awards, a écrit un excellent livre sur la création d’Hamilton, a réussi à faire changer d’idée le Département du Trésor des États-Unis qui voulait retirer Alexander Hamilton du billet de 10$, a mis la main sur le prestigieux prix Pulitzer, a écrit la musique du nouveau film de Disney Moana, a signé pour jouer dans le long-métrage Mary Poppins Returns aux côtés d’Emily Blunt, a animé une édition record de Saturday Night Live et a préparé les productions à venir d’Hamilton à Chicago, Londres et San Francisco. Bref, le gars ne dort pas  😉

Parmi tous ses projets post-Hamilton, Lin-Manuel Miranda a lancé l’album The Hamilton Mixtape, dont le volume 2 serait déjà en production. Le concept est simple : l’album regroupe des reprises de chansons de la comédie musicale et des pièces inspirées de l’œuvre, le tout interprété par une brochette d’artistes 5 étoiles : Usher, Sia, John Legend, Queen Latifah, Kelly Clarkson, Jimmy Fallon, The Roots, Wiz Khalifa, Alicia Keys, Nas, Ashanti, Ja Rule et plusieurs autres.

Pour la petite histoire, Lin-Manuel Miranda avait d’abord eu l’idée d’écrire un album de rap inspiré du père fondateur Alexander Hamilton intitulé The Hamilton Mixtape. À force d’écrire, le projet d’album est devenu une comédie musicale et le reste est entré dans l’histoire. The Hamilton Mixtape, qui paraît 18 mois après les débuts de l’œuvre sur Broadway, est donc un retour à l’idée originale de son créateur.

Maintenant, la grande question : l’album est-il bon? TOUT À FAIT! Par contre, si vous voulez comprendre l’engouement autour d’Hamilton, la trame sonore de Broadway est l’album qu’il vous faut. Les performances des acteurs originaux de Broadway sont profondément senties et ceux-ci ont une maîtrise parfaite de leur personnage, des chansons, des intentions, etc. Pensez-y : lors de l’enregistrement du «Original Broadway Cast Recording», les acteurs new-yorkais avaient déjà donné plus d’une centaine de représentations de la comédie musicale!

Du côté du Hamilton Mixtape, on ne retrouve pas ces performances intenses d’acteurs qui interprètent des personnages. Par contre, on retrouve des artistes musicaux qui ont une maîtrise parfaite de leur art. Que ce soit par le rap ou le chant, on ne peut nier que nous sommes en présence d’interprètes de haut calibre!

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De plus, même si l’album de Broadway révolutionnait la façon d’enregistrer et de produire une trame sonore pour une comédie musicale (Hamilton a facilement remporté le Grammy for Best Musical Theater Album), The Hamilton Mixtape met la barre encore plus haute. Le producteur et musicien Questlove (du groupe The Roots) et Lin-Manuel Miranda avaient réalisé l’album de Broadway et répètent leur travail pour le Mixtape. L’absence des contraintes de production d’une trame sonore de comédie musicale leur donne une liberté immense. Pour produire un bon cast recording, les réalisateurs de l’album tentent de recréer la magie qui opère sur scène soir après soir, sur un album. Dans le cas de l’album d’Hamilton, c’est très réussi! Avec The Hamilton Mixtape, les barrières tombent et les deux artistes ont réalisé un album complètement éclaté. On est complètement à l’opposé d’une trame sonore uniforme, chaque chanson ayant sa propre couleur unique.

Quand on est fan d’Hamilton comme je le suis, la première écoute des réinterprétations du Hamilton Mixtape est difficile à apprécier. On est habitué à l’enchaînement naturel des chansons, à l’esthétisme sonore uniforme et aux interprétations des acteurs originaux. Par contre, quand on se rappelle que le Mixtape n’est en fait qu’un collage inspiré de la comédie musicale, on apprécie davantage. Si l’album de Broadway permet de comprendre toutes les subtilités de l’histoire et de ses personnages complexes, le Mixtape permet plutôt d’apprécier le génie musical et mélodique des chansons.

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Mes coups de cœur?
Tout d’abord, je ne peux passer sous silence les deux démos de l’auteur-compositeur Lin-Manuel Miranda, qui sont en fait deux chansons écrites pour la comédie musicale qui n’ont pas été retenues au final. Quand on connaît bien la pièce, on peut s’imaginer l’emplacement et la pertinence des chansons « Valley Forge » et « Cabinet Battle #3 ». Une troisième chanson coupée d’Hamilton intitulée « Congratulations » fait également partie du Mixtape, interprétée avec brio par la rappeuse Dessa.

Personnellement, parmi toutes les reprises de chansons de la comédie musicale qui font partie du Mixtape «Satisfied» de Sia (avec Miguel & Queen Latifah) et «History Has Its Eyes on You» de John Legend se démarquent. Les interprètes aux voix exceptionnelles saisissent parfaitement l’état d’esprit des personnages et offrent des performances uniques et senties. Parlant de reprise, le duo « Helpless » d’Ashanti et Ja Rule semble tout droit sorti du début des années 2000 et fera sourire ceux qui ont connu cette époque ou les duos R&B/Hip Hop avaient la cote.

Mon plus gros coup de cœur est définitivement « You’ll Be Back » interprétée par l’humoriste et animateur Jimmy Fallon. Lin-Manuel Miranda n’a jamais caché l’influence de la britpop des années 60 dans les trois chansons du seul personnage britannique de l’œuvre, le roi George III. Dans la version du Mixtape, on se croit au beau milieu de l’océan dans le Yellow Submarine de Paul, John, George et Ringo. Les sonorités beatlesques sont pleinement assumées, ce qui fait de « You’ll Be Back » l’un des meilleurs morceaux de l’album.

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Finalement, je me dois de lever mon chapeau aux chansons originales inspirées d’Hamilton qui se retrouvent sur l’album. Plusieurs artistes, plutôt que de faire une reprise de la comédie musicale, ont créé des pièces originales. La chanson «Immigrants (We Get The Job Done)» de K’NAAN, Snow Tha Product, Riz MC et Residente, inspirée d’une ligne humoristique chantée à la fin de l’Acte 1, est excellente. La chanson est porteuse d’une grande rage et est d’une grande résonnance, surtout à l’aube de l’ère anti-immigration que le Président élu Trump promet.

 

Et mes coups de gueule?
Comme mentionné précédemment, plusieurs chansons du Mixtape sont des reprises de chansons de la comédie musicale. Si Kelly Clarkson, Sia et John Legend ont réussi à se réapproprier certaines pièces, d’autres artistes comme Regina Spektor et Andrea Day ont échoué à la tâche. Leur interprétation de « Dear Theadosia » et « Burn » ne sont pas mauvaises, mais ces nouvelles versions ne sont que de pâles copies des versions originales de Broadway. Spektor et Day n’amènent absolument rien de nouveau, se contentant simplement d’imiter les interprètes originaux.

J’avais de grandes attentes pour les chansons de Wiz Khalifa et Alicia Keys sur le Mixtape. Je ne peux pas dire que j’ai été déçu, mais je ne peux pas dire que j’ai été surpris ou impressionné. « That Would Be Enough » met en valeur la magnifique voix d’Alicia Keys, mais elle n’a rien amené de nouveau à la pièce. Wiz Khalifa, de son côté, offre une performance sans artifices avec « Washingtons By Your Side ». Dans les deux cas, je suis resté sur ma faim et je considère que ces deux morceaux ne ressortent pas du tout du lot…

 

En conclusion
Pas de doute, le Hamilton Mixtape était très attendu par les nombreux fans de la comédie musicale la plus en demande sur Broadway. L’album est de très haut niveau et devrait connaître un succès populaire d’importance. Il faut rappeler que la trame sonore de la production de Broadway avait fracassé tous les records de vente pour un album de comédie musicale, vendant plus de deux millions de copies.

La question qui tue : le Hamilton Mixtape est-il supérieur à la trame sonore originale? Non. En fait, il est très difficile de comparer les deux albums. Pour un fan de comédie musicale, le Mixtape est un complément amusant au Broadway Cast Recording. Pour un fan hip hop, le Mixtape est une introduction en douceur au monde de la comédie musicale et à l’engouement monstre entourant Hamilton.

En attendant une série de représentations en sol canadien ou une adaptation cinématographique, le Mixtape est un bonbon supplémentaire pour les milliers de fans d’Hamilton qui attendent encore et toujours de réussir à voir la production de Broadway sans avoir à réhypothéquer leur maison  😉

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